Si les jeunes pousses financières,notamment les pionniers des paiements et du crédit, rencontrent plus de difficultés à lever des capitaux
auprès des fonds, une catégorie fait exception : les « Assurtech » ou « Insurtech », ces start-up innovantes de l’assurance. Les investissements
dans ces acteurs onttriplé en 2015 à 2,67 milliards de dollars, selon CB Insights. Depuis janvier, presqu’autant de capitaux y ont été déployésquel’anpassé(1,4milliard
de dollars), si l’on extrait la levée exceptionnelle de 931 millions de dollars de la start-up chinoise d’assurance habitation Zhong An.
En Europe seule, après 72 millions de dollars investis en 2015 dans l’Assurtech, 125 millions ont été déployés ces neuf derniers
mois. Le nombre d’investisseurs prêtsàinvestirdesmillionsaégalement triplé pour atteindre plus de 140, de Ribbit Capital àAndreessen
Horowitz, en passant par les fonds ventures des assureurs, comme celui du chinois Ping An ou d’Axa, les plus actifs dans leur catégorie.
Même les fonds généralistes de capital-risque se sont engouffrés dans la brèche à l’instar d’Accel Partners.
Comment expliquer cette effervescence? Contrairement à la Fintech, l’Assurtech affecte le quotidien des particuliers comme des entreprises sur un champ d’intervention plus
vaste, de l’habitationà l’automobile, en passant par les usines et ce, sur des risques divers qui sont autant de niches (gestions des sinistres, de données…).
Règles nationales « Le spectre d’expérimentation y est bien plus large. Le secteur de l’assurancea été très protégé et réglementé par les règles de protection des consommateurs, de pondération en capital plus complexes que celles des banques, et aux Etats-Unis par les règles nationales qui prévalent dans
chaque Etats. Sans compter la relative opacité et technicité du marché », détaille François Robinet, l’associé d’Axa Strategic Ventures. L’expérience utilisateurs des assurés est plutôt « mauvaise », ce qui représente un moteur de plus au développement des Insurtech. Beaucoup,enparticulierlesjeunes, ne voient plus d’intérêt direct à la
mutualisation sur le plan tarifaire.
Pour Virginie Fauvel, membre du comité exécutifd’Allianz France en charge de l’unité digitale, le principaldéclencheurdecettevagueaété les objets connectés qui ont envahi
le quotidien, des voitures aux compteurs, ainsi que la bascule vers la location partagée au détriment de la propriété, comme en témoignentles succès de Airbnb et
Uber.« Cesutilisationsontcontraint les assureurs à revoir leur politique d’assurance », dit-elle. Emergence des Regtech Si les Etats-Unis captent 60 % des levées des Assurtech, une vague d’innovationsarrived’Asie,comme en témoigne Zhong An. « La nouvelle tendance est aux Regtech, les start-ups innovantes dans la réglementation,
qui proposent des solutions aux assureurs pour faciliter la gestiondeleurscontraintes,enparticulier la connaissance clients (KYC) », explique Sylvain Theveniaud,
directeur de l’Accélérateur Allianz France. En Chine, les assureurs croisent les expertises : certains ont créé des plate-formes de crowdlending pour ensuite proposer
des ventes liées de leurs produits d’assurance.
Le secteur n’a cependant pas vu émerger un Uber de l’assurance. « Il est possible qu’il émerge dans 5 ans avec l’applicationde la technologie blockchain, qui porte en elle la disparition des tiers de confiance. Les assureurs doivent travailler à leursfutursmodèles économiques », conclut François Robinet.
— A.D.
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