L’assicurazione auto connessa è in fase di rodaggio in Francia

LAURENT THÉVENIN

MICHELIN A DÉVELOPPÉ UNE PLATE-FORME « PAY HOW YOU DRIVE » POUR LES ASSUREURS AVEC PRIMA SOLUTIONS ET A CAPELLA CONSULTING. MAIS LE MARCHÉ RESTE CONFIDENTIEL EN FRANCE.
Encore balbutiante en France, l’assurance automobile connectée intéresse un grand nom de l’industrie. Michelin, via son entité DDI (Driving Data to Intelligence) spécialisée dans la modélisation et l’analyse des données de conduite, s’est associé à

l’éditeur français de progiciels d’assurance Prima Solutions
et au cabinet de conseil A Capella Consulting pour proposer une plate-forme « pay how you drive ».
Dévoilée la semaine dernière, leur solution permet aux assureurs de lancer « rapidement » des contrats avec une cotisation pouvant être modulée chaque mois en fonction du comportement du conducteur. Classiquement, elle repose sur un boîtier connecté dans le véhicule qui recueille les informations (GPS, accélération). « Derrière, nous allons transformer, raffiner et contextualiser la donnée. L’intensité d’un freinage n’a en effet pas le même sens dans un virage, dans une pente ou sur une route mouillée », a expliqué Sébastien Bartaud, responsable marketing avancé, innovation et services télématiques chez Michelin, lors de la présentation de la plate-forme.

Cette initiative illustre les possibilités ouvertes par la télématique embarquée dans les voitures, qui rend possible, à côté du « pay how you drive », des tarifications au kilométrage (« pay as you drive ») ou à l’utilisation (« pay when you drive »), avec la promesse de réductions de primes ou de récompenses pour les clients. Mais ces assurances connectées n’ont pas encore pris dans l’Hexagone, contrairement au Royaume-Uni et, surtout, à l’Italie. Seule

une poignée d’acteurs se sont positionnés sur le sujet, comme Allianz, Direct Assurance
(la filiale d’assurance directe d’AXA) ou Amaguiz (Groupama).
L’une des explications souvent avancées tiendrait au niveau relativement bas des prix de l’assurance auto en France. « Les tarifs y sont également plutôt sophistiqués. Ce qui fait que la marge apportée par les informations collectées via les capteurs semble relativement limitée », explique un grand assureur automobile.

Pas d’engouement des consommateurs
Du coup, les projections sur la taille possible du marché de ces nouvelles formes d’assurance divergent encore beaucoup. L’an dernier, le cabinet Deloitte avançait qu’elles pourraient prendre

12 % de part de marché en 2020
. Mais, selon les prévisions de Xerfi-Precepta, le marché de l’assurance auto connectée ne devrait pas dépasser les 30 millions d’euros de chiffre d’affaires dans trois ans. « Il y a de l’attentisme, faute d’un engouement des consommateurs pour ce genre de dispositif. A contrario, les assureurs se tournent tous vers l’habitat connecté, parce que la télésurveillance et la téléassistance apportent une vraie création de valeur avec des services nouveaux », observe Emmanuel Sève, directeur d’études chez Xerfi-Precepta. Selon lui, les segments de
la téléassistance et de la télésurveillance
devraient afficher un chiffre d’affaires supérieur à 150 millions d’euros à l’horizon 2020, soit cinq fois plus qu’en 2016.
Au-delà du simple levier de croissance, la télématique pourrait toutefois donner une autre carte à jouer aux assureurs auto. « Ils vont pouvoir commencer à mieux connaître le comportement de leur portefeuille, comme le kilométrage moyen ou la typologie de conduite. Cela pourra leur donner les moyens de faire des actions de prévention ciblées », fait valoir Stéphane Arbus, président et associé d’A Capella Consulting.

Allianz convaincu par le « pay how you drive »

Trois ans et demi après avoir lancé une solution de « conduite connectée », Allianz France comptait à fin octobre 26.000 contrats en portefeuille. « Nous sommes en ligne avec nos prévisions », affirme Delphine Asseraf, directrice digital, marque et communication , en charge de l’écosystème mobilité chez Allianz France. Les comportements de conduite (virages, coups de frein, accélérations) des clients sont recueillis via leur smartphone uniquement, et non plus via un boîtier installé dans le véhicule. Cette assurance « pay how you drive » permet aux bons conducteurs de bénéficier d’une baisse de leur cotisation, à son échéance annuelle, pouvant aller jusqu’à 30 %. La réduction moyenne est de 15 %, indique l’assureur. Il a déjà collecté plus de 175 millions de kilomètres parcourus. « Mais il est encore un peu tôt pour en tirer des conclusions, même si l’on constate une légère baisse de la sinistralité. Mais nous croyons à ce type d’offre qui permet à la fois d’offrir fois un vrai bénéfice à nos clients et d’aller plus loin dans notre connaissance du risque », souligne Delphine Asseraf.

La start-up Wilov explore un nouveau créneau

La jeune pousse française Wilov se veut l’inventeur d’une assurance qui n’existe nulle part ailleurs : le « pay when you drive », soit le « payez quand vous conduisez ». Ce courtier dit avoir un marché énorme devant lui, 65 % des Français n’utilisant pas leur voiture tous les jours. A côté d’un forfait mensuel, l’assuré s’acquitte d’un supplément (facturé par tranche de 24 heures) chaque fois qu’il prend sa voiture, avec la promesse de pouvoir économiser jusqu’à 30 % du prix d’une assurance tous risques. « Nous n’avons pas rogné sur les garanties », affirme Pierre Stanislas, l’un de ses cofondateurs. Dans ce contrat assuré auprès de Suravenir Assurances et qui n’accepte ni les « malussés » ni les novices, l’équation tiendrait parce que les conducteurs occasionnels se trouveraient moins souvent dans la zone statistiquement la plus risquée (les deux tiers des accidents se produisent à moins de 15 kilomètres du domicile). Wilov vise « plusieurs milliers » de clients à fin 2018 et s’imagine un destin international. Après avoir levé 600.000 euros, la start-up vise une « Series A » de 3 à 5 millions d’euros.
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