Rémy Weber: “La Banque Postale vuole diventare un grande gruppo bancario diversificato”

La controllata della Posta francese, impegnata nella conquista di quote di mercato, deve lanciare l’integrazione di CNP Assurances. Il numero uno, Rémy Webe parla delle sfide riguardanti questa fusione.

Sharon Wajsbrotet Thibaut Madelin

La filiale de La Poste, engagée dans une conquête de parts de marché, doit lancer l’intégration de CNP Assurances. Son patron, Rémy Weber, revient sur les enjeux de ce rapprochement.
Engagée dans une conquête de parts de marché tous azimuts, La Banque Postale veut lancer l’intégration de la première compagnie d’assurance-vie en France, CNP Assurances. De quoi poursuivre sa diversification, qui lui permet déjà d’afficher un résultat avant impôt de plus d’un milliard d’euros depuis 2014. Une performance qu’elle compte renouveler cette année. Véritable serpent de mer dans la sphère publique, l’intégration de CNP Assurances doit donner naissance à un groupe de bancassurance intégré qui permettra à La Poste de transformer son modèle économique alors que ses revenus du courrier dégringolent. A la manoeuvre pour constituer ce qui doit devenir la locomotive du groupe, le patron de La Banque Postale, Rémy Weber, revient sur les enjeux du rapprochement.

Le rapprochement de La Banque Postale et de CNP Assurances est envisagé depuis plusieurs années. Pourquoi est-il aujourd’hui nécessaire pour La Banque Postale ?
Nous sommes une banque jeune qui croît très fortement. Dans le « stress test » mené par l’Autorité bancaire européenne nous étions l’une des banques dont les actifs pondérés des risques progressent le plus vite en Europe. Et nous avons encore des plans de développement très importants dans les années à venir. L’apport de fonds propres qui interviendra grâce au transfert des titres de CNP par la CDC à La Poste puis, dans un second temps, à sa filiale, La Banque Postale, doit nous donner une assise qui nous permettra d’assurer notre développement. CNP est la première compagnie d’assurance-vie en France. C’est pour nous une opération de grande importance qui nous donne beaucoup de perspective.

Allez-vous entrer dans la catégorie des établissements dits « systémiques » (G-SIB) ?
Il est vrai que La Banque Postale va changer de taille : notre bilan devrait se situer entre 650 et 700 milliards d’euros et nos revenus (produit net bancaire et produit net d’assurance) devraient avoisiner les 9,5 milliards puis, à terme, les 10 milliards d’euros. Cela devrait nous mettre à la 12e, voire à la 13e place des groupes bancaires européens. Mais je ne pense pas pour autant que le régulateur nous qualifie de « G-SiB », mais c’est à lui d’en décider.

Quels seront vos nouveaux moyens financiers ?
La valeur exacte de l’apport des titres CNP dépendra de sa valeur boursière au moment du transfert, mais ce sera de l’ordre de 6 milliards d’euros. Cet apport nous donnera des ratios de solvabilité extrêmement solides.
Comment comptez-vous mobiliser ces capitaux ?
Nous cherchons à faire un grand groupe de bancassurance mais aussi un grand groupe bancaire diversifié. On se diversifie dans tous nos métiers et c’est pour cela que nos actifs pondérés des risques augmentent si fortement. Nous sommes devenus banquier actif de plus de 50 % des entreprises du CAC40 et du SBF120, mais personne ne le sait ! Cette année nous allons faire 20 milliards de crédits aux personnes morales pour 10 milliards de crédits immobiliers aux particuliers… Je rappelle que jusqu’à 2012 nous n’avions pas le droit de faire du crédit aux entreprises !

En gros, vous êtes une banque comme les autres !
Nous sommes une banque citoyenne et nous devenons une banque complète : 25 % de notre chiffre d’affaires est désormais réalisé grâce à notre diversification – dans la banque privée, le crédit à la consommation, la gestion d’actifs, la banque d’entreprise et l’assurance. C’est un très gros effort car, malgré tout, notre banque, très axée sur les particuliers, souffre des taux qui sont extrêmement bas. Ces métiers sont clefs pour nous apporter de la rentabilité. Au final, si on veut garder une relation humaine de grande proximité, il nous faut les développer. Sinon, on ne peut pas nourrir le réseau physique de La Poste, ses 25.000 chargés de clientèle, ses 10.000 commerciaux !
Vos équipes sont sur tous les fronts, dans votre réseau certains ont du mal avec leurs nouveaux métiers…
Certains y arrivent, d’autres moins. La priorité bancaire de notre réseau présente des exigences nouvelles. Quand j’ai donné aux 1.600 patrons de secteur la délégation d’octroi de crédits, c’est quelque chose qu’ils n’avaient jamais connu auparavant.

On dit qu’un quart d’entre eux ont du mal…
Je suis surtout hyperimpressionné. Honnêtement, la grande majorité fait le job de patron de secteur à fond. Certains ont besoin de temps pour monter en compétences. Et nous le leur donnons. Une minorité d’entre eux réalise que le métier ne correspond pas à ce qu’ils attendaient. La chance que nous avons, c’est que nous pouvons proposer à ceux qui le souhaitent d’autres postes dans le groupe.

Quand votre rapprochement avec CNP pourra-t-il se concrétiser ?
La loi Pacte, qui permet à l’Etat de devenir minoritaire au capital de La Poste au profit de la CDC, devrait être promulguée en mars, voire en avril 2019. Dès lors, en tant que dirigeant de La Banque Postale j’irai demander une dérogation à l’OPA à l’AMF pour mener cette opération. Et, en parallèle, nous mènerons les travaux avec l’autorité de la concurrence européenne, la BCE, l’ACPR et toutes les autres instances. L’objectif est d’obtenir tous les feux verts en 2019 afin d’être en mesure de consolider le groupe début 2020.

Si l’AMF vous refuse une dérogation à l’OPA, engagerez-vous cette opération ?
Nous sommes plutôt partis dans l’idée de pouvoir présenter une histoire et un plan industriel intéressant pour toutes les parties. Le montage du dossier est fait de telle sorte – avec la montée de la CDC au capital de La Poste dont elle détiendra la majorité – qu’il n’y ait pas de changement notable sur la prédominance de la CDC dans l’ensemble. Après, l’AMF sera seul juge. Je ne sais pas répondre à cette question aujourd’hui.

Avant cela, un directeur général de CNP doit être désigné ?
La compagnie est très bien gérée. Son directeur général intérimaire, Antoine Lissowski, est un grand professionnel. Les instances de CNP vont se réunir et prendre une décision dans les prochaines semaines.
Certains actionnaires pourraient se sentir lésés par l’absence d’OPA, des minoritaires mais aussi votre co-actionnaire au capital de CNP, le groupe BPCE…
Nous sommes soucieux de l’intérêt de toutes les parties. Pour preuve, la gouvernance restera identique. Nous estimons que si un projet crée de la valeur, cela peut intéresser tout le monde. On va écrire une nouvelle histoire avec un vrai projet industriel pour une compagnie d’assurance qui restera cotée, dotée de plusieurs partenariats de distribution et qui poursuivra ses développements à l’international. CNP sera aussi la compagnie d’assurance-vie complète à terme de La Banque Postale. On peut imaginer qu’elle exercera un certain nombre de métiers que nous avons jusqu’ici développé avec des partenaires, à La Banque Postale.

Quels métiers d’assurance pourriez-vous intégrer en priorité ?
Dans l’assurance IARD, dans laquelle nous avons un fort développement, cela pourrait être judicieux à terme. Dans ce domaine, nous avons une compagnie d’assurance avec Groupama. C’est un bon partenariat qui se termine en 2021 et que nous allons respecter. Ce sont des métiers que la CNP ne fait pas, mais il se peut qu’elle soit amenée à les réaliser avec nous. Nous avons un fort potentiel de développement dans l’assurance non-vie : nos clients sont encore très peu équipés en assurance santé, IARD ou prévoyance.
Dans la santé, votre partenaire, la Mutuelle Générale, cherche à s’adosser à un grand groupe. Seriez-vous intéressés ?
Dans le secteur des mutuelles, tout le monde est en train de voir son écosystème évoluer. Peut-être, globalement, que le groupe de bancassurance que nous allons devenir aura un rôle à jouer dans la consolidation.
Dans le crédit à la consommation, votre partenariat avec la Société Générale arrive à échéance l’année prochaine. Comptez-vous internaliser ce métier ?
La question se pose, on la traitera en temps voulu. Nous sommes extrêmement reconnaissants envers la Société Générale pour son accompagnement sur ce produit puisque, évidemment, au départ nous ne savions pas faire. Ce sont des étapes. A chaque étape sa réponse.

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