L’assicurazione auto telematica promette bene

LAURENT THÉVENIN

SELON DELOITTE, L’ASSURANCE CONNECTÉE POURRAIT REPRÉSENTER 17 % DU MARCHÉ EUROPÉEN D’ICI À 2020. LES EUROPÉENS SE DISENT PLUS ENCLINS À PARTAGER LEURS DONNÉES AVEC LES ASSUREURS QU’AVEC LES CONSTRUCTEURS.
L’assurance automobile télématique a, semble-t-il, de beaux jours devant elle. Selon une étude présentée ce mardi par le cabinet Deloitte, les offres basées sur la télématique – via des capteurs installés dans les véhicules ou des applications sur smartphones – pourraient représenter 17 % du marché de l’assurance auto en Europe d’ici à 2020, soit plus de 15 milliards d’euros de primes. Pour l’heure, l’assurance connectée reste, dans l’ensemble, encore embryonnaire.

L’Italie (avec plus de 4,5 millions de polices à fin 2015, soit 15 % du marché de l’assurance auto local) et, dans une moindre mesure, le Royaume-Uni (plus de 450.000 contrats) font figure d’exceptions. Tous les autres pays sont à la traîne. C’est le cas en France, où seuls Allianz et Direct Assurance (la filiale d’assurance directe d’AXA) se sont pour l’instant lancés dans le « pay how you drive », avec des contrats offrant des réductions sur la prime en fonction du comportement au volant. Allianz a « plus de 16.000 contrats » en portefeuille pour sa solution de conduite connectée, qui lui a permis de collecter plus de 61 millions de kilomètres parcourus, tandis que Direct Assurance, qui ne communique pas le nombre de clients de YouDrive, indique seulement que cette offre totalise « 18 millions de kilomètres pour 1,5 million de trajets ».

L’estimation faite par Deloitte, qui a interrogé plus de 15.000 consommateurs dans 11 pays européens, repose d’une part sur le postulat que les assureurs vont développer de tels produits, et reflète, d’autre part, la volonté exprimée par les clients de partager leurs données et de changer d’assureur. « Ce qui est frappant, c’est de voir la confiance que les consommateurs semblent accorder aux assureurs. Ils se disent davantage enclins à partager leurs données avec eux qu’avec les constructeurs auto. De même, ils sont plus disposés à partager leurs données de conduite que les données provenant des médias sociaux », souligne Arthur Dutel, manager chez Deloitte. « Si le contrat est transparent et fait apparaître de manière claire les bénéfices que peut retirer le client, alors nous constatons que celui-ci n’a pas de réticences à partager ses données (freinage, accélération, tenue de route dans les virages et allure) avec nous », affirme Godefroy de Colombe, le PDG de Direct Assurance.

Levier de fidélisation
La propension des consommateurs à changer d’assureur a par ailleurs augmenté en Europe. Quand on leur demande de noter de 0 à 10 leur inclination à le faire, la moyenne ressort à 4,5 en 2016, contre 3,7 en 2015. « Tout le monde n’est pas encore passé à l’acte, mais l’envie est désormais sensible », note Michel de La Bellière, associé industrie financière et co-responsable assurance Emea chez Deloitte. C’est le prix qui constitue le principal argument de vente des polices télématiques, comme le souligne cette étude. Mais, selon Deloitte, les assureurs auraient intérêt à aller au-delà du simple élément tarifaire. « Avec l’assurance auto connectée, les assureurs devraient pouvoir proposer une gamme de services plus large autour de la mobilité », estime Michel de La Bellière, qui y voit un levier de fidélisation. Plus de la moitié des personnes interrogées dans cette étude se disent en effet prêtes à partager leurs données pour bénéficier de services, comme l’assistance dépannage gratuite, l’assistance automatique en cas d’urgence ou des services gratuits pour la voiture à partir d’un certain nombre de points récoltés grâce à une bonne conduite.

Les données, clef d’analyse comportementale
LAURENT THÉVENIN
Les données sont le nerf de la guerre pour les assureurs. Et encore plus pour l’automobile. « L’assurance auto est toujours le produit le plus compliqué, parce que c’est le seul où le comportement du souscripteur influe sur le risque », souligne Godefroy de Colombe, le PDG de Direct Assurance, la filiale d’AXA qui a développé une offre de « pay how you drive » en France. Dans ce contexte, les solutions télématiques (qui passent par l’installation de boîtiers dans les véhicules ou l’utilisation par les conducteurs d’applications sur leurs smartphones) leur permettent de recueillir des informations précieuses sur le comportement au volant de leurs clients, comme leur propension à donner de gros coups de frein ou à trop appuyer sur l’accélérateur. L’enjeu est de parvenir « à une grande individualisation de l’estimation des risques », explique Godefroy de Colombe.

En France, les assureurs utilisent pour l’instant le « pay how you drive » pour accorder des réductions sur la prime d’assurance pour les bons conducteurs. « Nous entrons dans une phase où nous allons pouvoir utiliser les données des voitures connectées dans des algorithmes de tarification », explique François Nédey, directeur technique et assurance de biens et de responsabilités d’Allianz France, qui a lancé une offre de conduite connectée. « Cela nous semble juridiquement possible d’utiliser les données recueillies via les boîtiers pour établir un tarif moyennant le consentement explicite, et probablement annuel, du client », ajoute-t-il.

Confidentialité et réseaux sociaux
Alors que le sujet de l’utilisation de données, de leur confidentialité et de leur sécurité est hautement sensible, toute la question est de savoir jusqu’où veulent et peuvent aller les assureurs en la matière. Outre-Manche, Admiral, l’un des principaux assureurs auto britanniques, vient de défrayer la chronique avec son projet d’utiliser Facebook pour analyser le profil des propriétaires de voiture et s’en servir pour fixer le prix de leur assurance. Un projet auquel il a dû renoncer à la dernière minute en raison de l’opposition de Facebook. « C’est une situation qui ne peut pas arriver en France, puisque le Code des assurances stipule qu’un assureur ne peut faire un tarif que sur la base de questions explicites, rappelle François Nédey. Avant d’aller sur les réseaux sociaux, commençons déjà par mieux utiliser toutes les données que nous avons sur nos clients », estime-t-il.
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