C’est un timing particulier pour le Salon Milipol. Le premier Salon mondial de la sécurité intérieure des Etats ouvre aujourd’hui ses portes à Villepinte (Seine-SaintDenis). Avant les attentats, il expliquait qu’il oeuvrait sur un secteur malheureusement en pleine croissance. La lutte contre le terrorisme était inscrite au centre des conférences prévues. Après réflexion, le préfet Rémi Thuau, patron du Salon, a décidé de ne rien changer au programme, si ce n’est pour renforcer les dispositifs de sécurité. «  Le Salon sera l’occasion d’une réflexion sur la manière dont les fournisseurs d’équipements ou de solutions peuvent aider les autorités publiques à répondre ou à prévenir les événements que nous venons de subir », déclare-t-il. Le Salon enregistre une croissance de 10 % du nombre d’exposants (638).

Outre les menaces terroristes, la multiplication des cyberattaques a fait bondir le marché mondial de la sécurité. Celui-ci devrait croître pour les prochaines années d’au moins 5 % par an et même de plus de 10 % dans le strict domaine de la protection des données. Ce marché est désormais évalué à 570 milliards d’euros. «  Par rapport à la dernière édition de 2013, les préoccupations sont clairement remontées de plusieurs crans, notamment sur le terrorisme, mais, aussi, après le succès de certaines cyberattaques massives contre des institutions, comme l’attaque informatique menée contre TV5, qui a contraint la chaîne de télévision à interrompre ses programmes », constate le président des Salons Milipol. Aujourd’hui, tout est devenu une « cible » potentielle, souligne Rémi Thuau, ce qui impose de ne plus seulement protéger des sites mais de trouver des systèmes de surveillance plus mobiles et larges.

Une multitude de start-up

Selon les données du Comité de filière des industries de sécurité (Cofis), un organisme mis sur pied par le ministre de l’Intérieur pour mieux connaître les acteurs de ce marché, le secteur de la sécurité au sens large (sécurité électronique, physique, cybersécurité, surveillance, anti-incendie, etc.) compterait 4.500 entreprises en France, dont 1.100 entreprises industrielles pour un chiffre d’affaires de l’ordre de 30 milliards d’euros, avec une part à l’exportation de 50 %. A côté de grands groupes comme Thales, Airbus, Gemalto ou Morpho (groupe Safran), une multitude de start-up se lancent. Parmi la multiplicité des solutions de protection proposées (matériel de maintien de l’ordre, gestion des identités sécurisées, appareils de détection d’explosifs, vêtements de protection…), le Salon devrait consacrer la naissance concrète du secteur des drones professionnels de surveillance et de sécurité civile. Selon une étude de marché, ce secteur pourrait passer d’un chiffre d’affaires à peine supérieur au million il y a cinq ans à 145 millions en 2020.

Le patron de Thales, Patrice Caine, pour qui il existe de plus en plus un continuum entre défense et sécurité, vient de montrer l’importance qu’il attache à ce domaine en mettant 400 millions de dollars sur la table pour reprendre une entreprise de Californie de 75 millions de dollars d’activités, mais qui détient un savoir-faire de premier ordre dans la protection des données.

 

De fait, la sécurité ne passe plus seulement par la protection des infrastructures critiques, mais, aussi, par l’identification dans le flot du Big Data des signaux d’alerte les plus faibles sur les réseaux sociaux. Ce qui pousse à l’innovation. Exemple typique de cette course à la sécurité : alors que le marché des mini-drones est à peine naissant et offre de belles perspectives dans la surveillance, l’alerte aux accidents ou même le sauvetage de personnes en danger, nombre d’entreprises travaillent en même temps sur la « neutralisation » des drones hostiles. Et comme le souligne Thales, la tâche commence par une évidence : comment détecter des drones qui ne sont pas plus gros que des oiseaux ? 

Anne Bauer, Les Echos