LAURENT THÉVENIN

LE GOUVERNEUR DE LA BANQUE DE FRANCE A APPELÉ À « RÉNOVER » CE PRODUIT D’ASSURANCE-VIE, LANCÉ EN 2014, QUI N’A PAS RENCONTRÉ LE SUCCÈS ESCOMPTÉ.
Alors qu’il semblait relégué au second plan, l’euro-croissance fait aujourd’hui l’objet d’attentions nouvelles. « Il faut encourager l’euro-croissance, qui doit être rénové et amplifié », a ainsi déclaré, vendredi, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, à l’occasion de la neuvième conférence internationale organisée par la Fédération française de l’assurance (FFA).

Présenté à son lancement, en 2014, comme « l’assurance-vie du XXIe siècle », ce produit devait ouvrir une voie médiane entre les fonds euros (à capital garanti) et les supports en unités de compte (plus risqués pour les épargnants mais potentiellement plus rémunérateurs). Mais il n’a pas décollé. Son 1,8 milliard d’euros d’encours ne forme qu’une petite goutte d’eau dans celui de l’assurance-vie (1.672 milliards d’euros).

Pour répondre à la fois aux attentes des épargnants et au besoin de financement par fonds propres de l’économie, il faut, selon François Villeroy de Galhau, « des produits d’épargne de long terme, moins liquides, mais assortis d’une forme de protection du capital, et bénéficiant du rendement plus élevé des actions dans la durée ». Ce qui correspond aux caractéristiques

des contrats euro-croissance, qui délivrent une garantie du capital,
totale ou partielle, au bout d’une durée d’au moins huit ans.
Succès « mitigé »
Dans le contexte persistant de taux bas, les assureurs poussent leurs clients vers les unités de compte (UC), qui ont représenté 28 % de la collecte brute sur les neuf premiers mois de l’année, contre 19 % sur la même période de 2016. Mais le développement des UC « n’est pas une réponse suffisante », estime François Villeroy de Galhau, rappelant que ces supports n’offrent pas la protection du capital. « Nous savons pourquoi et, surtout, nous savons comment répondre à cette difficulté », a déclaré de son côté Bernard Spitz, le président de la FFA, à propos du succès commercial pour le moins « mitigé » de l’euro-croissance. Il s’agit, notamment de « prolonger les possibilités de transfert des plus-values latentes des contrats euros vers les contrats euro-croissance », a-t-il souligné.

Le démarrage de ce produit avait été entravé par la baisse des taux d’intérêt
à un niveau très bas.
Fiscalité des rentes « décourageante »
« Je sais que certains professionnels ont des idées. Je forme le voeu qu’elles avancent, vite », a répondu le gouverneur de la Banque de France. « Ce n’est pas aux pouvoirs publics de concevoir les bons produits, c’est à vous ; mais ce sera à nous d’inciter, le moment venu, par les bonnes mesures prudentielles ou même fiscales », a-t-il expliqué aux assureurs. Face au vieillissement de la population, ces derniers mettent par ailleurs en avant la nécessité de développer de nouveaux produits d’épargne retraite « avec des sorties majoritaires sous forme de rentes pour procurer des revenus à vie ». Mais la fiscalité des rentes est « décourageante », déplore Bernard Spitz, évoquant des discussions avec les pouvoirs publics pour en « demander le réexamen ». Le secteur a également affirmé sa préférence pour les sorties en rentes dans

les produits d’épargne retraite paneuropéens
(« Pan European Pension Products ») envisagés par Bruxelles. Il indique aussi avoir fait « des propositions concrètes » pour permettre, enfin, le développement des contrats d’assurance-dépendance, un marché qui reste embryonnaire plus de trente ans après la première offre.
Fonte: