Suspense pour l’Agirc-Arrco. Les partenaires sociaux se réunissent ce vendredi pour s’accorder sur les moyens de redresser les régimes de retraite complémentaire des salariés du privé. Qui sont bien mal en point : en 2018, les réserves de l’Agirc seront épuisées, avec pour conséquence immédiate une baisse de 10 % des retraites totales des cadres si rien n’est fait. La pression est d’autant plus grande sur les négociateurs que les retraites complémentaires sont l’une des dernières chasses gardées du paritarisme.

Pourtant, les chances d’aboutir paraissent bien minces. Le Medef doit détailler ce vendredi son mécanisme de bonus-malus, suivant que l’on part avant ou après l’âge de 64 ans. « Vu le temps nécessaire pour l’examiner, il faudra une nouvelle date », estime déjà Philippe Pihet, le négociateur Force ouvrière.

En tout cas, le Medef a annoncé la couleur : il exige une « mesure d’âge », une réforme structurelle permettant de rétablir l’équilibre entre le nombre de cotisants et celui des retraités. « Faut-il allonger la durée de cotisation ? Instaurer un système d’abattement ou de bonus-malus ? Nous ne sommes pas dogmatiques sur les modalités, mais elles doivent entraîner un changement significatif de comportement », a expliqué Jean-François Pilliard, le « monsieur Social » du Medef au « Monde », qui tirera sa révérence fin 2015 (lire ci-contre).

C’est autour de ces mesures d’âge que les antagonismes se sont exacerbés. Le Medef a proposé d’abord des abattements temporaires avant 65 ans, puis un système plus incitatif autour de 64 ans, peut-être demain tempéré par la prise en compte des durées de cotisation.

Enlisement

 

Mais les syndicats refusent de prendre des décisions qui relèvent selon eux du gouvernement et du Parlement. La négociation commencée en février s’est donc enlisée. La CFDT a tenté de la relancer en élaborant un projet global, qui ferait la synthèse entre un FO très « anti-abattements » et un Medef « antihausse de cotisations », avec une « contribution intergénérationnelle d’équilibre ». En clair : un abattement de 4 % appliqué quel que soit l’âge de départ pendant deux ans. Mais Pierre Gattaz, le président du Medef, a rejeté cette proposition en se prononçant pour « la liberté de chacun de partir un ou deux ans plus tard ». Il souhaite une mesure incitant à reporter le départ en retraite, alors que la CFDT est dans une logique de mise à contribution de tous.

FO n’a pas non plus été convaincu par le plan de la CFDT. Jean-Claude Mailly campe sur une ligne dure. Dans ces conditions, trouver un accord ambitieux paraît très compliqué, d’autant que la CFDT n’entend pas prendre de risques inconsidérés, alors que sa base est très sensible sur le dossier des retraites. Et que d’autres compromis difficiles devront être trouvés sur des dossiers cruciaux (Unédic, dialogue social) par la suite. «  On ne signera pas un accord trop éloigné de notre projet »,assure le négociateur CFDT Jean-Louis Malys.

La solution pourrait peut-être venir de la CGC, qui a très peur de voir disparaître la spécificité du statut cadre dans une fusion Agirc-Arrco. Mais, moyennant de vraies garanties, il n’est pas impossible qu’elle cherche à revenir aux commandes du régime unifié, en signant avec la CFDT et la CFTC. Un paraphe des trois syndicats serait suffisant. Autre possibilité, même si elle est rejetée à ce stade par la CFDT comme par le Medef : renvoyer à 2017 les décisions difficiles en prolongeant de deux ans l’accord actuel, qui prévoit une hausse des pensions plus faible que l’inflation. 

Solveig Godeluck, Les Echos