Catastrofi naturali: il settore assicurativo a dura prova

Le secteur de l’assurance à rude épreuve
LAURENT THÉVENINBUREAU DE NEW YORKET NICOLAS RAULINEBUREAU DE NEW YORK

LES RÉPERCUSSIONS DU CYCLONE SUR LE SECTEUR POURRAIENT ÊTRE SANS COMMUNE MESURE AVEC CELLES DE L’OURAGAN HARVEY.
Le seul coût des dommages assurés à Saint-Barthélemy et Saint-Martin est estimé à 1,2 milliard d’euros. Explications.

Combien vont coûter les ouragans ?
La facture laissée par le passage d’Harvey au Texas va être colossale. Il faudra encore du temps avant qu’elle puisse être établie, mais, selon des estimations avancées par l’agence de modélisation AIR Worldwide, les dommages causés par les inondations pourraient atteindre de 65 à 75 milliards de dollars (54 à 62 milliards d’euros). Sans compter ceux infligés par le vent et l’onde de tempête, qui seront toutefois beaucoup moins élevés. Pour le secteur de l’assurance, la facture « pourrait atteindre 20 à 30 milliards de dollars », a avancé dimanche Torsten Jeworrek, membre du directoire de Munich Ré, le géant allemand de la réassurance, lors des Rendez-Vous de septembre qui réunissent chaque année à Monte-Carlo la profession.

Avant même qu’Irma ne touche les Etats-Unis dimanche, les experts prévenaient que cet ouragan pourrait être infiniment plus coûteux qu’Harvey. L’agence de modélisation Enki Research évoquait un risque de 120 milliards de dollars de dégâts potentiels pour la seule Floride.

Pour les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, le coût des dommages assurés a, lui, été évalué à environ 1,2 milliard d’euros par la Caisse Centrale de Réassurance (CCR). Cette estimation « recouvre les dommages aux habitations, aux véhicules et aux entreprises (dont leurs pertes d’exploitation) qui sont couverts par le régime d’indemnisation des catastrophes naturelles », précise le réassureur public français. Il s’agit d’un des plus importants sinistres liés à une catastrophe naturelle depuis la création du régime, en 1982, d’un coût proche de celui

des inondations géantes de mai et juin 2016
(1,4 milliard d’euros).
Qui va prendre en charge la facture dans les Antilles françaises ?
Avec

la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle
pour Saint-Martin et Saint-Barthélemy, les dégâts subis par les logements, les véhicules, les commerçants, les artisans, les entreprises ou les biens des collectivités locales seront pris en charge dès lors qu’ils sont couverts par un contrat d’assurance dommages. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde dans les Antilles, où le taux de pénétration de l’assurance est moins élevé qu’en métropole. Une partie importante des pertes assurées sera supportée par la CCR, du fait de ses contrats avec ses clients assureurs.
Qui interviendra aux Etats-Unis ?
Le schéma, pour Irma, devrait être très différent de celui pour Harvey. Dans le cas de ce dernier, en effet, l’essentiel des dégâts a été provoqué par les inondations. Or, aux Etats-Unis,

une grande majorité des contrats d’assurance individuels ne couvrent pas le risque d’inondation
. Dans ce cas, c’est un fonds public, le National Flood Insurance Program, qui prend le relais. Celui-ci, mal en point avec un déficit de 25 milliards de dollars, pourrait être renfloué et devrait couvrir, dans les prochaines semaines, les coûts liés à Harvey.
Les compagnies d’assurances devraient être plus sollicitées avec Irma, dont les vents vont générer l’essentiel des dégâts. Mais, à partir de l’ouragan Andrew de 1992, la plupart d’entre elles ont diminué leur exposition au risque dans la région, notamment en passant par des réassureurs. Les assurances auto devraient aussi être moins mises à contribution : une partie des habitants de la Floride ont été évacués, emportant avec eux leurs véhicules, ce qui n’était pas le cas au Texas et en Louisiane.

Le poids devrait donc finalement être supporté par les gros réassureurs, qui ont notamment comme clients des compagnies d’assurances et les fonds publics locaux prévus pour ce type de catastrophe. Il s’agit, entre autres, du Florida Hurricane Catastrophe Fund (FHCF) ou encore de la Citizens Property Insurance Corporation, lesquels sont plutôt en bonne santé, du fait d’une relative accalmie des intempéries ces dernières années en Floride.

Ces réassureurs ont globalement les reins solides. A fin 2016, S&P évaluait ainsi l’excédent de fonds propres total des vingt grands réassureurs globaux par rapport à une notation « A » à 41,6 milliards de dollars. Des matelas de trésorerie qui seront néanmoins soumis à rude épreuve. « Certains acteurs de la réassurance seront gravement touchés », a prévenu dimanche Denis Kessler, PDG de SCOR, quatrième réassureur mondial.

Quel impact sur les « cat bonds » ?
Les investisseurs ayant misé sur certaines

obligations catastrophes
aux Etats-Unis jouent gros avec Irma. Parmi les « cat bonds » qu’elle note, l’agence Standard & Poor’s en a identifié treize qui pourraient ainsi être « à risque » avec cet ouragan, parce qu’exposés au risque tempête sur la Floride. D’où son interrogation : « Irma peut-il tester le marché des “cat bonds” » ?
En 2017, ce dernier a encore attiré les investisseurs, avec un montant d’émissions record de 8,55 milliards de dollars au premier semestre, selon Aon Securities. Ceux-ci viennent pour les rendements élevés. Mais ils peuvent perdre leur mise en cas de survenance de l’événement climatique activant le « cat bond ». Rien ne dit que leur appétit pour ces produits resterait le même si les « obligations catastrophes » devaient effectivement jouer.

Harvey : des dizaines de milliers de foyers non assurés
ELSA CONESABUREAU DE NEW YORK

UN QUART DES DOMMAGES SEULEMENT SONT COUVERTS PAR LES ASSUREURS. LA FACTURE PÈSERA ESSENTIELLEMENT SUR LES MÉNAGES ET SUR L’ETAT.
Depuis une semaine, les commerces et les employés municipaux de Houston se sont remis au travail, et

les raffineries ont recommencé à tourner
. Les quelques
alligators
qui avaient profité des inondations pour entrer dans la ville semblent avoir rebroussé chemin. Mais le bilan de la tempête, qui a ravagé les côtes texanes et une partie de la Louisiane fin août, ne cesse de s’alourdir. Si le chiffrage définitif des dommages devrait prendre plusieurs mois, Harvey est d’ores et déjà considéré comme
l’une des cinq tempêtes les plus coûteuses de l’histoire américaine
.
Selon le dernier bilan du gouverneur du Texas, l’ouragan a fait une soixantaine de victimes, déplacé un million de personnes et pourrait coûter jusqu’à 180 milliards de dollars en dégâts matériels, soit bien plus que les premières estimations, inférieures à 100 milliards de dollars. Surtout, le gros de la facture devrait peser sur les fonds publics et les associations de charité, les dommages provoqués par les inondations étant généralement exclus des polices d’assurance pour les particuliers. Et seules près de 270.000 propriétés, situées en zone inondable autour de Houston, ont une assurance dédiée obligatoire, alors que plus d’un million sont exposées. Selon le cabinet Enki, environ un quart des dommages provoqués par Harvey sont susceptibles d’être pris en charge par les assureurs privés, contre 42 % dans le cas de l’ouragan Katrina. Dimanche, l’assureur allemand Munich Ré a estimé que Harvey risque de coûter entre 20 et 30 milliards de dollars environ à l’ensemble du secteur de l’assurance-réassurance.

Les célébrités mobilisées
Les victimes devraient donc se tourner vers des structures publiques, comme l’Agence fédérale des situations d’urgence (Fema) et son fonds national d’assurance contre les inondations (National Flood Insurance Program). Ce dernier a obtenu une rallonge du Congrès de plus de 15 milliards de dollars en fin de semaine dernière, une enveloppe dont une partie devrait être allouée à la Floride après le passage d’Irma. L’agence a indiqué que plus d’un demi-million de foyers avaient sollicité son aide pour se reloger.

Parallèlement, un mouvement de solidarité s’est organisé ces derniers jours à travers le pays pour venir en aide aux victimes. Célébrités, sportifs, politiques se sont mobilisés, parmi lesquels

les cinq anciens présidents du pays
. Le Texan Michael Dell, le fondateur du groupe du même nom, a fait un don de 18 millions de dollars pour financer la reconstruction du Texas et le président Donald Trump a versé un million de dollars à titre personnel.

Tremblement de terre : le bilan s’alourdit dans le Sud du Mexique
N. RA.
PLUS DE 90 PERSONNES ONT TROUVÉ LA MORT DANS LE SÉISME LE PLUS VIOLENT QU’AIT CONNU LE PAYS DEPUIS CELUI DE 1985, QUI AVAIT EN PARTIE DÉTRUIT LA VILLE DE MEXICO.
Le Mexique avait presque fini par oublier qu’il se trouve sur l’une des failles sismiques les plus importantes au monde. Le réveil n’en a été que plus brutal, dans la nuit de jeudi à vendredi. Jusqu’à la ville de Mexico, pourtant située à plus de 500 kilomètres de l’épicentre, les sirènes antisismiques se sont mises à hurler et une grande partie des habitants ont dû sortir dans la rue en pleine nuit. Depuis, les images impressionnantes d’un escalier complètement coupé du reste d’un immeuble, dans l’un des quartiers de la ville, passent en boucle sur les réseaux sociaux et les télévisions du pays.

Mais c’est le Sud du pays qui a été le plus touché. Le dernier bilan fait état de plus de 90 morts, dont 71 dans

l’Etat d’Oaxaca
et 15 dans le Chiapas, deux des Etats les plus pauvres du Mexique. Le séisme, d’une magnitude de 8,2 sur l’échelle de Richter, est le plus violent qu’ait connu le pays depuis celui de 1985, dont l’épicentre se trouvait un peu plus au nord sur la côte Pacifique et qui avait détruit une partie de la capitale, avec un bilan de plus de 10.000 morts.
Cette fois, ce sont plutôt des zones rurales qui ont été touchées et le pays s’est doté, depuis 1985, de normes de construction antisismiques efficaces, qui semblent avoir joué leur rôle à Mexico. Mais

le bilan pourrait encore s’alourdir
, certaines régions du Sud du pays demeurant coupées du monde. L’arrivée des secours y est très difficile. La configuration des lieux n’aide pas, avec des villages peu peuplés et très éloignés les uns des autres, dans une région montagneuse. En outre, de nombreuses répliques ont été enregistrées depuis vendredi.
La ville de Juchitan, qui compte environ 100.000 habitants, s’est réveillée dévastée vendredi matin. C’est elle qui paie le plus lourd tribut au séisme : elle compte des dizaines de victimes, des centaines de blessés, la plupart de ses habitations ont été touchées et son hôpital s’est effondré.

Trois jours de deuil national
Au total, 1,8 million de personnes se sont retrouvées sans électricité dans le pays, le service ayant déjà été rétabli pour une très large majorité. Un peu partout, la solidarité s’est organisée, des vivres sont collectées et envoyées vers les zones les plus touchées. Le président, Enrique Peña Nieto, a, lui, décrété un deuil national de trois jours et dans plusieurs régions du pays, les festivités du 15 septembre, fête nationale, ont été annulées.

L’Est du pays, lui, est touché par l’ouragan Katia. Moins important qu’Irma (il a été classé en catégorie 2 puis rétrogradé en tempête tropicale), il a néanmoins déjà causé la mort de deux personnes dans l’Etat de Veracruz.
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