C’est un marché alléchant mais coûteux que le projet de convention médicale propose aux complémentaires santé : enfin établir une relation directe avec les médecins. C’est l’un des enjeux importants du forfait patientèle que le texte propose de créer, qui serait versé aux médecins traitants pour l’essentiel, en fonction du profil de leurs patients (allocation de longue durée, enfant, personne âgée…).
Les mutuelles contribuent déjà au paiement du forfait que touchent les médecins traitants pour 150 millions d’euros. Mais facialement, c’est l’Assurance-maladie qui paie : la somme est prélevée via une taxe sur les contrats, imposée depuis 2013,« donc invisible » et pour les patients et pour les praticiens libéraux, déplore Fabrice Henry, le président de l’Union nationale des organismes d’assurance-maladie complémentaire (l’Unocam).
Les complémentaires santé n’ont pas de relation directe avec les médecins. Elles voient donc d’un bon oeil la perspective d’en avoir.« Mon mandat est très clair : sortir du dispositif de taxe », rappelle Fabrice Henry, qui participe aux négociations.« Je souhaite que nous puissions établir un dialogue apaisé et constructif avec les professionnels de santé, je me réjouirai si nous pouvons commencer à en jeter les bases », complète Thierry Beaudet, le nouveau président de la Mutualité française (un peu plus de 50 % du marché des complémentaires santé).
Cette évolution aurait un prix : la facture ne serait plus de 150 millions, mais 300 millions d’euros. L’économie ainsi réalisée par l’Assurance-maladie lui permettrait de gonfler le budget du « forfait structure », censé aider les médecins à assumer des dépenses comme les investissements informatiques. Que réclament leurs syndicats.
Mais ces 150 millions d’euros d’effort financier supplémentaire s’ajouteraient aux conséquences sur le ticket modérateur des revalorisations tarifaires inscrites dans le projet de convention, évaluées à 200 millions d’euros. Soit une facture totale de 350 millions d’euros pour les complémentaires.« Je n’ai pas de mandat là-dessus », commente Fabrice Henry.« Sur le principe, nous sommes favorables aux évolutions proposées, mais sur le montant, cela me paraît très élevé, trop élevé », note Thierry Beaudet.
L’Unocam réunira son conseil d’administration le 16 septembre pour trancher. D’ici là, on saura si Nicolas Revel, le directeur général de la CNAM, a réussi à convaincre des syndicats de médecins de signer la convention. Une chose est sûre : pas question pour les complémentaires de passer par la taxe en attendant de déployer le système de relation directe des complémentaires avec les médecins, prévu pour s’appliquer à l’horizon de 2018.
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