Dangereuse, la conduite en mode autonome ? La question tourne en boucle aux Etats-Unis, après l’ouverture d’une enquête des autorités américaines (NHTSA) à l’encontre du spécialiste de la voiture électrique Tesla et de son système de pilotage automatique Autopilot. En cause : un accident survenu en Floride, le 7 mai, sur une berline Model S, dont le système de pilotage automatique était en marche. « Ce que nous savons, c’est que le véhicule était sur une autoroute à double sens avec Autopilot activé quand un poids lourd s’est mis perpendiculairement à la Model S », a indiqué Tesla. Un ciel « très lumineux » et un contre-jour n’ont visiblement pas permis ni au pilote automatique ni au conducteur, Joshua Brown, de distinguer la remorque blanche du poids lourd. Les freins n’ont pas été enclenchés.

Premier accident en 200 millions de kilomètres

Tesla, dont le cours est resté stable après cette annonce, rappelle qu’il s’agit du premier accident en plus de 200 millions de kilomètres parcourus par des véhicules équipés d’Autopilot. La NHTSA précise de son côté que son enquête est « un examen préliminaire pour déterminer si le système a bien fonctionné », et ne doit pas être « interprété ».

Néanmoins,l’accident suscite des interrogations. Les systèmes automatiques se généralisent sur les voitures haut de gamme, préfigurant la voiture de demain, qui sera totalement autonome. Tesla, qui met à jour son système à distance à la manière d’un smartphone, en a fait l’une de ses technologies phares.

Le conducteur lui-même, Joshua Brown, avait posté plus de 20 vidéos sur YouTube, dont l’une, tweetée par le fondateur de Tesla, Elon Musk, montrait comment il avait pu éviter un accident grâce à Autopilot. S’est- il trop reposé sur le système ? Selon l’agence Associated Press, le conducteur du camion prétend que Joshua regardait une vidéo d’Harry Potter, qui tournait toujours après l’accident. De son côté, Tesla rappelle qu’Autopilot est embarqué par défaut sur ses véhicules, et que son activation requiert que le conducteur reconnaisse « explicitement » qu’il s’agit d’une nouvelle technologie et qu’il garde ses mains sur le volant « en toutes circonstances ».

Responsabilité

La question de la responsabilité reste cependant ouverte. Que diraient notamment les juges en cas de litige juridique ? Début juin, un autre propriétaire, Puzant Ozbag, avait déjà accusé l’Autopilot d’avoir provoqué une « accélération incontrôlable » de sa Model X achetée cinq jours plus tôt. Le véhicule, conduit par sa femme, avait fini sa course dans un mur. Après analyse des données informatiques, Tesla avait alors conclu que la voiture avait été conduite en mode manuel, et qu’elle avait réagi à un brusque coup de pédale. Mais il n’est pas certain que des données informatiques aient une valeur juridique devant un tribunal.

Même si ses défenseurs rappellent qu’elle est plus fiable que la conduite humaine, l’automatisation n’a pas fini de poser des questions existentielles. Dernière en date, celle posée par une étude publiée par le MIT : en cas de risque de collision avec des piétons, l’algorithme d’une voiture autonome doit-elle accepter de mettre en péril la vie de ses passagers en percutant un mur ou choisir de foncer dans la foule ?

Maxime Amiot, Les Echos

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