AXA veut doubler de taille dans les pays émergents d’ici à 2015

Grand oral réussi pour AXA. Le marché a bien accueilli, mercredi, la présentation de son nouveau plan stratégique, précédé, la veille au soir, par l’annonce de la vente de ses activités canadiennes pour 1,9 milliard d’euros. Le titre a même signé la plus forte hausse du CAC 40 (+ 1,45 %, à 15,06 euros) De quoi faire oublier l’impression mitigée laissée par la précédente journée avec les investisseurs en novembre.

Le deuxième assureur européen promet une croissance annuelle moyenne de son résultat opérationnel par action de 10 % d’ici à 2015. A cet horizon, le résultat opérationnel devrait dépasser les 6 milliards d’euros, « un chiffre que nous n’avons jamais atteint », annonce Henri de Castries, le PDG d’AXA. A terme, le groupe vise également un retour sur fonds propres courant de 15 %, un ratio d’endettement de 25 %, ainsi que des cash-flows opérationnels de 24 milliards d’euros sur les cinq prochaines années.

Priorité aux marges

AXA avait déjà posé les contours de son nouveau plan depuis plusieurs mois. Avec Ambition AXA, il se veut plus sélectif, plus agressif et plus efficace. Derrière un leitmotiv : «  Mettre nos ressources là où nous sommes capables de faire la différence.  »Autrement dit, il donne clairement la priorité aux marges. D’où son appétit déclaré pour la prévoyance, la santé, les unités de compte, les jeunes professionnels, les PME, les plus de 50 ans, les familles, les clients fortunés. Plus question d’être présent partout à la fois. «  Il n’y a pas de vache sacrée dans le groupe  », a répété Henri de Castries.

Après avoir quitté les Pays-Bas en 2007 et vendu l’essentiel de son assurance-vie britannique l’an dernier, il en a donné une nouvelle illustration cette semaine avec la cession d’AXA Canada, à la croissance jugée insuffisante. AXA dit avoir sauté sur l’occasion quand il a trouvé un acquéreur, le canadien Intact Financial Corporation, « prêt à payer un prix stratégique » : « C’est un activité de pays mature que nous vendons à un multiple de pays émergent [13 fois le résultat opérationnel] », se félicite Henri de Castries.

A l’international, le groupe va mettre les bouchées doubles dans les pays émergents – ce qui pourrait s’accompagner de nouvelles acquisitions. «  Nous avons déjà des activités qui pèsent lourd dans ces pays, et elles doubleront de taille d’ici à 2015 », souligne Henri de Castries. Le chiffre d’affaires en assurance-dommages y passera de 3 à 6 milliards d’euros, et la valeur des affaires nouvelles en vie de 410 à 800 millions. AXA espère multiplier ses profits par 2,5 dans ces pays qui devraient contribuer à hauteur de 15 % au résultat en 2015 contre 10 % aujourd’hui. En Asie, les premiers pas avec ICBC, la première banque chinoise, «  se passent très bien » et AXA a renforcé ses positions avec la finalisation de l’opération AXA Asia Pacific Holdings. Le groupe souhaite aussi se développer dans la région Méditerranée ou en Europe de l’Est. Il voudrait répliquer en Amérique latine le succès rencontré au Mexique et confirme regarder du côté du Brésil. Dans les pays matures, il vise surtout 1,5 milliard d’euros d’économies (1 milliard en dommages et 500 millions en vie), « parce que c’est là que se trouve l’essentiel de nos bases de coûts ». Il table aussi sur un maintien de ses parts de marché en assurance-dommages, «  pas davantage ».

Collecte positive

Au total, AXA vise une marge sur affaires nouvelles en assurance-vie supérieure à 28 %, plus élevée qu’avant la crise. En dommages, il veut faire retomber son ratio combiné à 96 %, contre près 100 % en 2010. L’activité d’assurance en ligne est, elle, promise à un fort développement, avec un chiffre d’affaires attendu à 3,2 milliards d’euros en 2015, contre 1,8 milliard en 2010. Quant à la gestion d’actifs, l’autre métier d’AXA, elle devrait bientôt sortir la tête de l’eau après les « déconvenues »essuyées ces deux dernières années par AXA IM et AllianceBernstein. AXA table sur une collecte positive d’ici à 2012 et sur une progression annuelle de 4 à 5 % de la collecte nette entre 2012 et 2015.

LAURENT THÉVENIN