EDOUARD LEDERER

EN AVRIL, LA COLLECTE NETTE N’A ÉTÉ QUE DE 400 MILLIONS D’EUROS.
Pour le huitième mois d’affilée, l’assurance-vie
– pourtant réputée avec le Livret A « placement préféré des Français » – reste en cale sèche. Selon les données publiées mercredi par la Fédération française de l’assurance (FFA), la collecte nette (dépôts moins retraits) n’a été que de 400 millions d’euros. A titre de comparaison, les épargnants ont déposé dans le même temps (toujours en net)
1,4 milliard d’euros sur leurs Livrets A
. La panne de la collecte est encore plus patente sur plusieurs mois : depuis le début de l’année 2017, l’assurance-vie n’a attiré que la maigre somme – à l’échelle du gigantesque marché de l’épargne – de 1,4 milliard d’euros, contre près de… 10 milliards d’euros sur la même période en 2016.
Sur un plan arithmétique, le niveau brut des dépôts n’a rien de catastrophique. En avril, les cotisations ont frôlé les 11 milliards d’euros. C’est en revanche du côté des prestations (les sommes versées) que la jauge est plus élevée : depuis le début de l’année, le montant de ces retraits a toujours été au moins de 10,5 milliards d’euros.

Comment expliquer cette relative désaffection du public pour cette pierre angulaire de l’épargne ? Plusieurs motifs se conjuguent. En premier lieu,

les Français s’adaptent à l’environnement de taux faibles
: le rendement des fonds en euros garantis diminue chaque année, les contrats passant même en moyenne sous la barre des 2 % (avant prélèvements sociaux). En comparaison – même s’il n’existe pas de vases communicants entre les deux placements –
le Livret A offre une rémunération de 0,75 % (net d’impôts et de prélèvements sociaux)
pour une épargne elle aussi très sûre mais disponible à tout moment.
Les assurés pourraient aussi trouver du rendement sur les contrats de l’assurance-vie dits en unités de compte (UC), plus risqués mais potentiellement plus rémunérateurs.

Les compagnies d’assurance font des efforts pour vendre davantage
de ces produits, avec quelques effets puisque les UC voient bel et bien leur part progresser (autour de 25 %) dans la collecte brute totale de l’assurance-vie.
Incertitudes réglementaires
En outre, la faiblesse des taux a déclenché d’autres comportements : qu’il s’agisse de pur immobilisme – de nombreux ménages laissant dormir leurs liquidités sur un simple compte bancaire – ou de profiter des taux faibles pour emprunter – l’épargne disponible étant dans ce cas mobilisée pour constituer un apport en vue d’un achat immobilier.

Mais les taux faibles n’expliquent pas tout. L’assurance-vie a souffert, à tort ou à raison, d’incertitudes pesant sur son cadre réglementaire, habituellement très stable. Ainsi à la mi-2016, certains se sont inquiétés d’une disposition de la loi Sapin II introduisant la possibilité, en cas de crise très grave, de restreindre, voire de bloquer temporairement les rachats de contrats. Plus récemment, ce sont les projets d’Emmanuel Macron qui ont rajouté une dose d’incertitude.

En attendant qu’elle soit totalement précisée
, sa proposition d’imposer à 30 % les contribuables ayant plus de 150.000 euros sur leurs contrats d’assurance-vie suscite de l’attentisme.
Fonte: