Coup de tonnerre dans l’univers décidément toujours aussi tumultueux et imprévisible de la protection sociale. Le rapprochement entre Malakoff Médéric, le deuxième groupe de protection sociale français, et La Mutuelle Générale, la troisième mutuelle santé, tombe à l’eau. Le conseil d’administration de l’association sommitale (c’est-à-dire la structure faîtière) de Malakoff Médéric a décidé mardi de renoncer à ce projet. Selon nos informations, ce sont les administrateurs Medef et CGT qui ont poussé à la rupture.
La Mutuelle Générale et Malakoff Médéric travaillaient depuis janvier 2015 à la création d’un nouveau géant de l’assurance de personnes qui aurait couvert plus de 6 millions d’assurés. Initialement, ils auraient dû se rapprocher dans une société de groupe d’assurance mutuelle (SGAM) dès le 1er janvier dernier. Mais la situation s’était tendue à l’automne 2015, aboutissant à la mise à l’écart en décembre de Guillaume Sarkozy, le délégué général de Malakoff Médéric – au prétexte qu’il était devenu un obstacle à la réussite du projet – et à un report de la date de création de la SGAM. En accord avec l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, les deux groupes avaient jusqu’au 30 juin pour prendre une décision sur la suite de l’histoire.
Depuis le début de l’année, ils « ont étudié de manière approfondie les conditions préalables nécessaires à la mise en place d’une structure prudentielle commune. Le conseil d’administration de Malakoff Médéric a estimé que la réalisation de ces conditions n’était pas compatible avec le calendrier imposé par la mise en oeuvre des exigences de Solvabilité II, en particulier des dispositions relatives à la gouvernance des groupes d’assurance », a justifié le groupe de protection sociale dans un communiqué diffusé dans la soirée. « C’est complètement irrationnel. Cela donne un immense sentiment de gâchis », se désole une source proche du dossier, qui croyait à une issue favorable.
Malakoff Médéric indique toutefois souhaiter poursuivre les discussions pour développer les coopérations commerciales initiées par les deux groupes en 2015, « soit de manière bilatérale, soit de façon tripartite dans le cadre de leur partenariat de distribution avec La Banque Postale ».
Pour le groupe de protection sociale, il s’agit d’une nouvelle déconvenue. Il avait en effet déjà concouru, en vain, à un rapprochement avec son alter ego Réunica, qui avait finalement retenu AG2R La Mondiale en 2013. Auparavant, Malakoff Médéric avait envisagé avec CNP Assurances un projet ambitieux de coentreprise dans le domaine de l’épargne retraite, qui a lui aussi capoté.
Le partenaire idéal
De son côté, La Mutuelle Générale croyait avoir enfin trouvé le candidat idéal pour le partenariat de développement structurant qu’elle cherchait de longue date. Reste à voir comment elle encaissera le coup.
Les partenaires sociaux qui président aux destinées de Malakoff Médéric ont par ailleurs choisi mardi un nouveau directeur général, Thomas Saunier, pour prendre la suite de Yann Charron, qui assurait l’intérim depuis le 1er janvier 2016. Agé de quarante-neuf ans, cet X-Ensae a notamment travaillé plus de dix ans chez Generali France, où il a occupé plusieurs postes de direction générale. Il avait aussi fait un passage éclair à la Fédération française des sociétés d’assurances en 2014 comme délégué général. Il prendra ses fonctions le 1er juin, tandis que Yann Charron oeuvrera comme directeur général délégué.
Laurent Thévenin, Les Echos
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