L’assurance-vie en grande déprime

Nombreux étaient les assureurs à afficher leur optimisme après la levée des incertitudes fiscales. Les espoirs ont été déçus. Pour le cinquième mois consécutif, la collecte d’assurance-vie est en berne. Sur les quatre premiers mois de l’année, les cotisations diminuent de 13 %, atteignant 47,5 milliards d’euros. Et pour le seul mois d’avril, les cotisations plafonnent à 1,5 milliard d’euros. Un niveau très bas qui laisse planer le spectre de la décollecte, ou de collecte nette négative. La collecte nette, (cotisations moins prestations versées par l’assureur) chute de 48 % à fin avril 2011 par rapport à avril 2010. « Plus qu’une tendance de fond, cette baisse est avant tout conjoncturelle. Certes les incertitudes fiscales semblent levées, mais il faut compter avec les incertitudes électorales avec l’échéance de 2012 », avance Éric Le Baron, directeur général de SwissLife Assurance et Patrimoine.

L’attractivité du livret A a aussi fait de l’ombre à l’assurance-vie : son taux relevé à 2 % en février, pourrait être porté 2,5 % d’ici la fin de l’année, alors que l’assurance-vie a servi un taux de rendement moyen de 3,40 % en 2010. Cette « érosion de la performance des fonds en euros au fil du temps » est l’une des explications, selon Éric Le Baron estimant que « les rendements ne devraient pas forcément repartir à la hausse, compte tenu des exigences de Solvabilité II et de la remontée des taux du livret A ». Les effets de vase communicant se traduisent en chiffre : alors que les livrets A et Développement durable subissaient une collecte nette en baisse en octobre et novembre dernier, elle est repartie à la hausse en décembre, le premier mois de recul de l’assurance-vie. « Les Français ont privilégié les produits bancaires liquides. Mais le livret A et les livrets défiscalisés sont des produits d’attente. Nous prévoyons et nous espérons donc qu’un phénomène inverse se produise dans les mois à venir », affirme Jérôme Cornu, directeur des études à la Fédération française des sociétés d’assurance.

Tous les assureurs ne vivent d’ailleurs pas la baisse de la collecte avec la même intensité. Ainsi, la collecte nette de CNP Assurances en France s’affaisse de 58 %, tandis que celle de SwissLife baisse de 12 % et celle d’Axa de 6 %.

Arbitrages

Certains segments de clientèle sont davantage touchés. « La collecte auprès de la clientèle patrimoniale est celle qui souffre le plus. En effet, plus avertie, elle est amenée à arbitrer dans la structure de son patrimoine », constate Éric Le Baron. Ces arbitrages peuvent jouer en faveur des supports en unités de compte, dont la part grimpe à 15 % du total des cotisations à fin avril, contre 13 % en 2010.