L’assurance-emprunteur coûte très cher à Lloyds

La banque britannique Lloyds Banking Group est retombée dans le rouge au premier trimestre de l’exercice 2011 en raison surtout d’une provision de 3,2 milliards de livres destinée à défrayer les clients lésés par les produits d’assurance-emprunteur. Les banques britanniques ont vendu ces dernières années des « payment protection insurances » (PPI) alors que leurs clients n’en étaient pas informés ou ne remplissaient pas les conditions pour en bénéficier.

La décision de Lloyds Banking de se plier au verdict du 20 avril d’un juge de la Haute Cour à Londres, selon lequel la nouvelle réglementation sur la vente de ces produits s’appliquerait rétroactivement, et de provisionner un tel montant a fait s’envoler les estimations sur les coûts que ses nouveaux errements allaient coûter à l’ensemble du secteur bancaire britannique. Alors que l’Autorité des services financiers (FSA) avait avancé le chiffre de 4,5 milliards en dédommagements, le double est désormais attendu.

Lloyds était largement leader du marché, avec 35 % des PPI vendus, mais Royal Bank of Scotland (RBS) n’arrive pas si loin, avec 20 %. La banque, elle aussi quasiment nationalisée, ne fera pas connaître sa position avant la semaine prochaine. En tout cas, l’ensemble des titres du secteur était en chute à la Bourse de Londres hier. L’Association des banquiers britanniques (BBA), qui a jusqu’au 10 mai pour faire appel, n’a pas dit hier si elle contesterait la décision de la Haute Cour, mais l’initiative fragilise sa position.

Pessimisme sur la conjoncture

Lloyds menait la danse dans ce mouvement boursier à la baisse, avec un repli de près de 8 %, à 53 pence, contre un prix d’achat pour sa participation de 41 % par l’Etat de 63 pence. Il faut dire que sa perte trimestrielle avant impôts de 3,5 milliards de livres, contre un profit de 721 millions l’an dernier, s’explique aussi par des provisions de 1,1 milliard sur ses prêts immobiliers. Ceux-ci ont été contractés en Irlande du Nord et sont issus de HBOS, avec qui Lloyds a fusionné dans l’urgence au pic de la crise. Ce niveau est largement supérieur à ce qu’attendaient les investisseurs.

Il est possible qu’Antonio Horta-Osorio, le nouveau patron, empire volontairement la situation pour partir d’un bon pied avant sa présentation de la nouvelle stratégie du groupe, en juin. Cela dit, l’établissement le moins exposé aux activités d’investissement des grandes banques britanniques, même s’il dépend moins des financements d’urgence de la Banque d’Angleterre – 70 milliards, soit 26 milliards de moins qu’à fin 2010 -s’est montré peu optimiste quant à la conjoncture, notamment en Grande-Bretagne. Tandis que les marges d’intérêt se sont contractées, l’analyste d’Exane BNP Paribas a estimé que ce qu’il y avait de plus inquiétant dans ces résultats était la faiblesse de la profitabilité sous-jacente de Lloyds.

NICOLAS MADELAINE, Les Echos
CORRESPONDANT À LONDRES