Assurance-vie et actions, deux routes parallèles

ANALYSE. L’assurance-vie peut-elle devenir le levier de financement des entreprises ? Le pari n’est pas gagné d’avance.

En accordant à l’assurance-vie un statut plus favorable que celui du droit commun, le législateur, relayé par Bercy, a conçu un instrument extrêmement efficace pour contenter l’épargnant à la recherche de sécurité. Et, par la même occasion, orienter les placements vers les emprunts obligataires finançant opportunément la dette de l’Etat. Les fonds en euros, à capital garanti, ont offert pendant des décennies le réceptacle idéal d’une épargne de « père de famille » avec en prime un rendement des plus attrayants.

Mais les temps ont changé, et voilà qu’après avoir favorisé la dette, le gouvernement aimerait financer la croissance ; en clair, l’investissement en actions. Les nouvelles normes prudentielles de Solvency II imposant aux assureurs qui s’y risqueraient via leur actif général un coût exorbitant en termes de fonds propres, restait à se rabattre sur les assurés en leur expliquant que le salut est désormais dans les unités de compte (UC), un support investi pour partie en actions.

Le discours semblait d’autant plus approprié que les fonds en euros rapportent en moyenne très peu (1,80 % en 2016)… bien loin des rendements flamboyants des années 2000. Mais la grande masse des épargnants de l’assurance-vie n’est pas très sensible à cet argument. Certes, les clients de gérants de patrimoine et autres « family office » ont bien compris l’intérêt des UC. Mais les autres, c’est-à-dire la majorité, ne retiennent que ce qui leur paraît essentiel : avec les UC, c’est le client qui porte le risque. La perspective d’un rendement potentiel bien supérieur ne suffit pas… Ils recherchent avant tout la sécurité.

Les solutions pour rendre l’épargne productive assez attrayante
Quant aux entrepreneurs, ils veulent garder la maîtrise de leurs investissements. Placer leur argent dans les sociétés qu’ils sélectionnent eux-mêmes (de préférence la leur) et pouvoir vendre quand c’est le bon moment et non quand la fiscalité est la plus douce. Autant de souplesses interdites par l’assurance-vie qui dépossède en quelque sorte l’assuré de son pouvoir de décision. Il peut certes effectuer des arbitrages mais, sauf exceptions, sur des supports de gestion collective. En outre, l’assuré n’est plus propriétaire de ses fonds mais d’une créance sur l’assureur…
Reste aux divers think tanks à trouver des solutions pour rendre l’épargne productive assez attrayante aux yeux de la masse des épargnants. Une « flat tax » sur les plus-values est la solution retenue par certains. Une baisse drastique de la fiscalité sur les valeurs mobilières détenues en direct peut favoriser la détention d’actions. Le chemin en tout cas semble bien éloigné du cadre de l’assurance-vie. Laquelle pourrait faire les frais de ce désir de réorientation de l’épargne via une normalisation de son régime fiscal pour les flux futurs.
@mcsonkin

Fonte: