« C’est une négociation qui s’achève d’une manière plus paisible qu’elle n’avait commencé », a conclu le patron de bpifrance, Nicolas Dufourcq, après avoir signé l’accord définitif de transfert de la gestion des garanties publiques de Coface à la banque publique lundi matin. Un peu plus d’un an après avoir démarré des négociations compliquées avec l’assureur-crédit qui gérait ces garanties pour le compte de l’Etat depuis sa création en 1946, bpifrance récupère ainsi la gestion de cette activité qu’elle assurera en parallèle de ses missions de financement et d’investissement. Au total, 60 milliards d’euros d’encours de garanties publiques lui seront confiés. Le montant est significatif pour la banque, qui revendique 30,6 milliards d’encours de crédit, même si ces garanties – directement assurées par l’Etat – ne seront pas intégrées à son bilan, mais logées dans une nouvelle filiale baptisée bpifrance Assurance Export.
Une première étape
Cet accord n’est néanmoins qu’une étape. Pour se substituer réellement à l’assureur-crédit, la banque publique doit encore s’atteler à plusieurs chantiers. Parmi les plus complexes figure le transfert informatique des systèmes de Coface à ceux de bpifrance. « Nous venons de signer un contrat de licence avec Coface qui définit les modalités d’utilisation de certaines applications que nous allons continuer à utiliser. Nous devrons les reprogrammer cet été et basculer le service sur nos systèmes. Le véritable big bang informatique est prévu pour fin septembre », précise Nicolas Dufourcq.
L’autre enjeu pour la banque consistera à intégrer les 240 salariés de Coface – spécialistes des garanties publiques – à son organisation, soit 10 % d’effectifs supplémentaires pour bpifrance. Concrètement, ces derniers devraient rejoindre le groupe public « à l’automne » dans des locaux situés dans le 9e arrondissement à Paris. La date exacte devra être « précisé par décret », indique Coface dans un communiqué.Si bpifrance estime avoir largement prouvé sa capacité d’intégration des cultures d’entreprise, étant née de la fusion d’Oséo, de CDC Entreprises et du FSI, chez Coface, des inquiétudes subsistent. « Les salariés craignent de perdre les avantages de leurs conventions collectives. Bpifrance nous a déjà confirmé que les salariés ne pourront plus opter pour un régime de 35 heures réalisées sur quatre jours comme Coface le permettait », explique un responsable syndical de l’assureur-crédit.
Les conditions de cette greffe seront déterminantes pour éviter aux entreprises qui garantissent leurs opérations à l’export toute mauvaise surprise. Pour les plus grandes d’entre elles, l’offre de bpifrance devrait être similaire à celle de Coface. Pour les ETI et les grandes PME, en revanche, bpifrance veut faire jouer la complémentarité avec ses produits à l’international dans le financement ou l’accompagnement. « Comme nous l’avons fait pour nos produits de financement, nous allons travailler à simplifier et à rendre plus accessibles ces garanties aux PME et ETI », poursuit Nicolas Dufourcq. Il envisage par ailleurs de renforcer ses partenariats commerciaux avec Coface, avec qui les relations se sont visiblement réchauffées. Jusqu’à présent, la banque travaillait principalement avec l’assureur-crédit allemand Euler Hermes.
Sharon Wajsbrot, Les Echos

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