En Italie, la guerre de pouvoir se déplace de Generali à Mediobanca

Le passage de témoin à la tête de Generali étant officiel depuis vendredi soir, c’est maintenant vers Mediobanca que les regards se tournent en Italie. La banque d’affaires milanaise réunit demain son conseil d’administration. L’occasion de tirer les enseignements de la démission de Cesare Geronzi, le 6 avril.
Propriétaire de 13,5 % de Generali, Mediobanca s’est retrouvé au premier rang ces derniers jours. C’est un homme de son sérail, Gabriele Galateri, jusqu’ici numéro un de Telecom Italia, qui a été nommé président de la compagnie d’assurances, à l’unanimité. C’est quelqu’un qui connaît bien le lion de Trieste puisqu’il en a été le vice-président de 2003 à 2010, sous le mandat d’Antoine Bernheim (lire ci-dessous). D’origine piémontaise, Gabriele Galateri était passé par la direction financière de Saint-Gobain, puis le holding Ifil de la famille Agnelli et enfin, de façon très éphémère, à la direction de Fiat, avant de présider Mediobanca après l’éviction de feu Vincenzo Maranghi, en 2003… jusqu’à ce qu’on lui demande de céder la place, quatre ans plus tard, à Cesare Geronzi, qui présidera la maison de la piazzetta Cuccia de 2007 à 2010. Cette fois, c’est donc Galateri qui succède à Geronzi et non le contraire.
Bolloré s’en est sorti indemne
« C’est un beau signal pour l’Italie, estime Diego Della Valle, l’administrateur indépendant à l’origine de la chute de Geronzi. Dorénavant, les dirigeants de Generali vont pouvoir mieux gérer l’entreprise, sans être dérangés par des turbulences internes injustifiées. » Vice-président de Generali, Vincent Bolloré, dont la proximité avec le président démissionnaire est notoire, s’est voulu beau joueur : « Gabriele Galateri est l’ami de tous, c’est un homme très intelligent et compétent, je suis très content. »
Menacé lui-même de sanctions pour avoir critiqué publiquement la stratégie de Generali en Europe centrale, Vincent Bolloré est sorti indemne des derniers soubresauts. Mais certains aimeraient le voir désormais céder du terrain chez Mediobanca, dont il possède un peu plus de 5 %. Son influence est jaugée à l’aune des actionnaires étrangers, dont il est le chef de file au conseil d’administration (son holding personnel, Financière du Perguet, mais aussi Groupama et Santander), soit 11,8 % du capital en cumulé. Encore faudrait-il que Vincent Bolloré soit vendeur de ses parts, ce qui n’est pas le cas, comme il l’a redit récemment.
Il n’empêche qu’à l’occasion du renouvellement du pacte le liant aux autres grands actionnaires de Mediobanca, fin 2011, Vincent Bolloré pourrait être « invité » à revoir sa position, à la faveur d’une réduction du poids global dudit pacte (44 % du capital actuellement). C’est ce que pense UniCredit, premier actionnaire de la banque d’affaires. « Je crois que nous devrons avoir quelques discussions », a déclaré en fin de semaine dernière son président, Dieter Rampl, dans les colonnes de « La Repubblica ». Sans citer nommément Vincent Bolloré, le numéro un d’UniCredit estime que la présence des Français chez Mediobanca « n’est pas nécessairement un problème » mais que « tout dépend de la façon dont ils se comportent ».
De son côté, l’industriel breton compte sur le soutien de la famille Ligresti, qui détient 3,8 % de Mediobanca et qu’il côtoie au tour de table de Premafin, le holding de contrôle de l’assureur FonSai. Il s’appuie aussi sur Tarak Ben Ammar. Le producteur de cinéma franco-tunisien siège au conseil de Mediobanca et a l’avantage d’être proche de la famille Berlusconi, propriétaire de 4,4 % des parts. La fille du « Cavaliere », Marina, siège d’ailleurs également au conseil.
guillaume delacroix, Les Echos CORRESPONDANT À ROME