Perché Axa scommette così tanto su XL Group

LAURENT THÉVENIN

AXA DÉBOURSERA PLUS DE 12 MILLIARDS D’EUROS POUR DEVENIR NUMÉRO UN MONDIAL DE L’ASSURANCE-DOMMAGES DES ENTREPRISES. SON COURS DE BOURSE A PERDU PRÈS DE 10 % LUNDI APRÈS L’ANNONCE DE CETTE ACQUISITION.
AXA avait perdu l’habitude de telles transactions. L’assureur français a annoncé lundi matin l’achat pour 15,3 milliards de dollars (12,4 milliards d’euros) de

XL Group
, un groupe d’assurance et de réassurance basé aux Bermudes. Il s’agit de son acquisition la plus importante depuis celle de
la compagnie suisse Winterthur
il y a douze ans (pour 8,9 milliards d’euros). Cette opération, qui avait été éventée ce week-end par Bloomberg et qui doit être finalisée au second semestre 2018, va lui donner une nouvelle ampleur. Elle en fera le numéro un mondial de l’assurance-dommages des entreprises, « de la petite PME à la multinationale » – l’un des segments d’activité érigé au rang de priorité par Thomas Buberl, son directeur général. Sur la base des chiffres 2016, AXA et XL Group totalisent plus de 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur ce marché.
Des complémentarités
L’assureur français met en avant la complémentarité des deux groupes, et l’apport d’XL Group, très tourné vers le « mid-market » et les grandes entreprises, les Etats-Unis et

le marché londonien
. Cette transaction marque aussi son grand retour dans la réassurance, une activité qu’il avait quittée il y a plus de dix ans et qui représente près d’un tiers des 15 milliards de dollars de primes brutes émises d’XL Group. Ces activités de réassurance « donnent accès à davantage de diversification, ainsi qu’à des sources alternatives de capital », a expliqué AXA. C’est « une opportunité stratégique unique qui permet à AXA de faire évoluer son profil d’activité d’une entreprise majoritairement présente sur la vie, épargne, retraite, vers un acteur dont l’assurance-dommages devient le métier principal », a justifié Thomas Buberl. D’autant plus que l’acquisition d’XL Group l’a poussé à revoir « sa stratégie vis-à-vis de ses activités américaines existantes », dont il veut « accélérer le désengagement ». L’assureur français veut en effet déjà introduire en Bourse, au deuxième trimestre 2018, une part minoritaire d’AXA Equitable Holdings rassemblant ses opérations d’assurance-vie, épargne et retraite aux Etats-Unis, ainsi que sa participation dans le gestionnaire d’actifs AllianceBernstein. « Nous allons sortir au fil du temps du marché américain de l’assurance-vie », a annoncé lundi Thomas Buberl. Une fois réalisés, ces deux mouvements feront que l’assurance-dommages représentera la moitié du résultat opérationnel du groupe, contre 39 % en 2016. Selon AXA, l’acquisition d’XL Group va par ailleurs lui permettre de « renforcer son potentiel de génération de cash et son potentiel de croissance ». Elle ne remet par ailleurs pas en cause ses objectifs financiers pour 2020. Cette transaction sera financée entièrement en numéraire, « sans aucune augmentation de capital ». AXA va mobiliser 3,5 milliards d’euros de trésorerie disponible, utiliser 6 milliards d’euros liés à l’introduction en Bourse des activités américaines, ainsi que 3 milliards de dette subordonnée.
Changement de paramètres financiers
Les marchés ont accueilli de manière très fraîche ces annonces. Le titre AXA a dévissé de 9,70 % à la Bourse de Paris. « Cette opération change les paramètres financiers du groupe », pointe un analyste parisien, constatant la remontée prévue du ratio d’endettement à 32 % à fin 2018 (contre 25 % en 2017) ou l’impact sur le ratio de Solvabilité II, attendu autour de 190 %-200 % en fin d’année (contre 205 % l’an dernier). « Boursièrement, AXA était déjà un dossier complexe avec l’IPO aux Etats-Unis », ajoute-t-il.

« Nous estimons que le prix d’acquisition de 11 fois les résultats en incluant les synergies est plutôt élevé », jugent de leur côté les analystes de Bankhaus Lampe dans une note citée par Reuters. A l’opposé, le cours de XL Group bondissait de près de 29 % en séance à Wall Street.

XL Group, une expansion rapide
Comme AXA, XL Group est relativement jeune. Spécialisé dans l’assurance-dommages des entreprises, l’assurance spécialisée (risques spatiaux, oeuvres d’art, etc.) et la réassurance, la compagnie dirigée par Mike McGavick a été fondée en 1986. Elle a vite réussi à se frayer une place de choix sur ses différents marchés, pour totaliser près de 15 milliards de dollars de primes brutes émises en 2017. « L’innovation est dans notre ADN », a vanté lundi lors d’une conférence de presse Greg Henrick, le président des activités dommages d’XL Group. Celui-là doit rejoindre le comité de direction d’AXA pour diriger l’ensemble qui réunira les activités d’XL, d’AXA Corporate Solutions (assurance des grands risques) et d’AXA Art.

Thomas Buberl, l’homme qui veut créer « un nouvel AXA »
L. T.

EN MOINS DE DEUX ANS, LE PATRON ALLEMAND D’AXA A DÉJÀ CONSIDÉRABLEMENT REDESSINÉ LE VISAGE DU GÉANT FRANÇAIS DE L’ASSURANCE. L’ACQUISITION D’XL GROUP DOIT LUI PERMETTRE D’ACCÉLÉRER CETTE TRANSFORMATION.
C’est une opération taille XL qui permet de prendre un peu plus la mesure de Thomas Buberl. Avec le rachat, annoncé lundi matin, de

l’assureur et réassureur bermudien XL Group
pour 15,3 milliards de dollars (12,4 milliards d’euros), le directeur général d’AXA s’offre une acquisition à la fois transformante et très inattendue. Elle doit lui permettre de « créer un nouvel AXA », davantage tourné vers l’assurance-dommages et moins exposé aux risques financiers, a-t-il expliqué.
Accélérer la transformation
Depuis l’annonce de sa nomination surprise à la tête du géant français de l’assurance il n’y a même pas deux ans, le jeune patron allemand – quarante-cinq ans à la fin du mois – a déjà fait feu de tout bois. Au printemps dernier, il avait frappé un premier grand coup avec son projet d’

introduction en Bourse des activités américaines
devant permettre « d’accélérer la transformation » d’AXA. Cette opération – qui servira en particulier à financer l’acquisition d’XL Group – est désormais attendue pour le deuxième trimestre 2018.
Attaqué tambour battant,

le début de mandat de Thomas Buberl
dessine de plus en plus une nouvelle ère pour AXA, alors que l’assureur français avait pu parfois se voir reprocher un certain immobilisme au cours des années passées. Le plan stratégique à horizon 2020, présenté en juin 2016 avant même son intronisation comme directeur général, est largement le sien. Il a aussi recomposé son comité de direction, engagé une vaste « simplification du modèle d’organisation » d’AXA, ainsi qu’une restructuration de son siège mondial.
Surtout, l’ancien consultant du Boston Consulting Group (BCG) et responsable d’AXA Allemagne a lancé un recentrage du groupe. Dans un environnement marqué par des taux d’intérêt très bas peu favorables pour l’assurance-vie, il a donné la priorité au secteur dommages pour les entreprises, à la prévoyance et à la santé. Présent dans une soixantaine de pays, AXA va désormais se concentrer sur seize d’entre eux, les autres devant être « gérés dans une logique de capital-investissement », voire vendus, comme cela l’a déjà été le cas pour l’assurance-dommages en Azerbaïdjan.

Retour aux années Bébéar
Thomas Buberl ne semble en tout cas rien s’interdire. Le devenir de la filiale de gestion d’actifs AXA Investments Managers a ainsi été mis sur la table l’an dernier. Des rumeurs avaient fait part d’

un possible rapprochement avec Natixis Investment Managers
, avant que l’assureur ne réaffirme, en octobre, le caractère stratégique d’AXA IM.
S’il n’a jamais caché son intérêt pour d’éventuelles acquisitions, Thomas Buberl n’avait jamais donné l’impression de vouloir réaliser de grandes transactions. Avec XL Group, il aura pris tout le monde de court. Décrite comme « amicale », cette opération aura été rondement menée, selon les deux parties, l’idée ayant commencé à faire son chemin en novembre dernier. En ce sens, Thomas Buberl aura fait preuve du même esprit d’opportunisme que Claude Bébéar, le fondateur du groupe, qui, dans les années 1980 et 1990, avait multiplié les acquisitions, parfois osées, pour hisser une petite mutuelle normande dans le gotha mondial de l’assurance.
Thomas Buberl, l’homme qui veut créer « un nouvel AXA »
L. T.

EN MOINS DE DEUX ANS, LE PATRON ALLEMAND D’AXA A DÉJÀ CONSIDÉRABLEMENT REDESSINÉ LE VISAGE DU GÉANT FRANÇAIS DE L’ASSURANCE. L’ACQUISITION D’XL GROUP DOIT LUI PERMETTRE D’ACCÉLÉRER CETTE TRANSFORMATION.
C’est une opération taille XL qui permet de prendre un peu plus la mesure de Thomas Buberl. Avec le rachat, annoncé lundi matin, de

l’assureur et réassureur bermudien XL Group
pour 15,3 milliards de dollars (12,4 milliards d’euros), le directeur général d’AXA s’offre une acquisition à la fois transformante et très inattendue. Elle doit lui permettre de « créer un nouvel AXA », davantage tourné vers l’assurance-dommages et moins exposé aux risques financiers, a-t-il expliqué.
Accélérer la transformation
Depuis l’annonce de sa nomination surprise à la tête du géant français de l’assurance il n’y a même pas deux ans, le jeune patron allemand – quarante-cinq ans à la fin du mois – a déjà fait feu de tout bois. Au printemps dernier, il avait frappé un premier grand coup avec son projet d’

introduction en Bourse des activités américaines
devant permettre « d’accélérer la transformation » d’AXA. Cette opération – qui servira en particulier à financer l’acquisition d’XL Group – est désormais attendue pour le deuxième trimestre 2018.
Attaqué tambour battant,

le début de mandat de Thomas Buberl
dessine de plus en plus une nouvelle ère pour AXA, alors que l’assureur français avait pu parfois se voir reprocher un certain immobilisme au cours des années passées. Le plan stratégique à horizon 2020, présenté en juin 2016 avant même son intronisation comme directeur général, est largement le sien. Il a aussi recomposé son comité de direction, engagé une vaste « simplification du modèle d’organisation » d’AXA, ainsi qu’une restructuration de son siège mondial.
Surtout, l’ancien consultant du Boston Consulting Group (BCG) et responsable d’AXA Allemagne a lancé un recentrage du groupe. Dans un environnement marqué par des taux d’intérêt très bas peu favorables pour l’assurance-vie, il a donné la priorité au secteur dommages pour les entreprises, à la prévoyance et à la santé. Présent dans une soixantaine de pays, AXA va désormais se concentrer sur seize d’entre eux, les autres devant être « gérés dans une logique de capital-investissement », voire vendus, comme cela l’a déjà été le cas pour l’assurance-dommages en Azerbaïdjan.

Retour aux années Bébéar
Thomas Buberl ne semble en tout cas rien s’interdire. Le devenir de la filiale de gestion d’actifs AXA Investments Managers a ainsi été mis sur la table l’an dernier. Des rumeurs avaient fait part d’

un possible rapprochement avec Natixis Investment Managers
, avant que l’assureur ne réaffirme, en octobre, le caractère stratégique d’AXA IM.
S’il n’a jamais caché son intérêt pour d’éventuelles acquisitions, Thomas Buberl n’avait jamais donné l’impression de vouloir réaliser de grandes transactions. Avec XL Group, il aura pris tout le monde de court. Décrite comme « amicale », cette opération aura été rondement menée, selon les deux parties, l’idée ayant commencé à faire son chemin en novembre dernier. En ce sens, Thomas Buberl aura fait preuve du même esprit d’opportunisme que Claude Bébéar, le fondateur du groupe, qui, dans les années 1980 et 1990, avait multiplié les acquisitions, parfois osées, pour hisser une petite mutuelle normande dans le gotha mondial de l’assurance.