Buberl (Axa): il governo dovrà dimostrare di avere una strategia per il paese

« Le gouvernement devra montrer qu’il a une stratégie pour le pays »
Dominique Seux

Quelle lecture faites-vous de la situation politique allemande au moment où s’installe le gouvernement Merkel IV ?
Le quatrième mandat de la chancelière sera très différent des précédents. Avec les élections de septembre dernier, les Allemands avaient envoyé deux messages. Un : il faut un renouvellement de la classe politique. Deux : le pays doit se doter d’une stratégie, d’une vision pour les années à venir, ce qui a manqué. Pendant les six mois suivants, l’Allemagne, après avoir été pendant une dizaine d’années la puissance dominante de l’Europe, s’est montrée instable et la France est apparue comme le pôle d’avenir du continent. A l’arrivée, il y a du positif et du négatif. Le négatif est que la coalition CDU-SPD ne représente que 60 % environ des députés du Bundestag, alors que, d’habitude, cette proportion est bien supérieure. Cela veut dire que le gouvernement aura face à lui des oppositions bien plus fortes et que le débat public sera bien plus dur. Les extrémistes de gauche et de droite ainsi que les libéraux vont se faire entendre. Sur le fond maintenant, un accord de coalition a été trouvé, mais il ne va pas assez loin. Il répond trop à des préoccupations, certes légitimes, mais de court terme, comme la distribution d’allocations sociales diverses, et pas assez aux sujets d’avenir, comme l’amélioration des infrastructures ou le digital. Quand on regarde l’argent mis sur la table, c’est frappant.
Et la bonne nouvelle ?
La composition du gouvernement va davantage vers l’avant et le renouvellement : Angela Merkel ne conserve que deux proches, Peter Altmaier et Ursula von der Leyen. Tous les autres ministres sont neufs, avec beaucoup de jeunes et de femmes. J’y vois une première réponse aux messages envoyés par les électeurs allemands.
La chancelière est-elle affaiblie ?
La façon dont elle a composé son équipe nous oblige à changer de regard. Parmi les ministres, il y en a plusieurs qui peuvent incarner l’après-Merkel, et elle le sait. C’est inattendu. C’est aussi une preuve de leadership.
L’extrême droite va-t-elle beaucoup se faire entendre ?
Cela dépend si le gouvernement est capable de montrer au peuple allemand qu’il a une stratégie pour le pays. Ces dernières années, l’Allemagne a réussi économiquement, mais pas pour tout le monde. Quand on affiche des excédents budgétaires aussi élevés, des résultats macroéconomiques aussi bons, la question de la bonne répartition des fruits des efforts passés est fondamentale. Les autoroutes sont dans un très mauvais état, les infrastructures digitales doivent être améliorées, le modèle de l’apprentissage doit lui aussi être revu avec le digital. Il faut investir !
Que peut attendre la France sur le plan européen ? Le discours d’Emmanuel Macron à la Sorbonne avait été ambitieux.
La mise en oeuvre du discours de la Sorbonne est plus compliquée aujourd’hui qu’il y a six mois. En tant qu’Européen convaincu on peut le regretter, mais la faiblesse des trois grands partis européens qui font la coalition CDU-CSU-SPD face aux oppositions change la donne. La construction européenne ne pourra se faire avec des grands plans d’architecte. La conclusion vue d’Allemagne est qu’il faut se focaliser sur des sujets très pratiques : la défense, l’éducation, le digital, les réfugiés, etc. Les Allemands de la rue ne sont pas très intéressés par la création d’un poste de ministre européen des Finances.
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