USA: Assicurazione sanitaria, la riforma Trump sotto accusa

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LUCIE ROBEQUAINBUREAU DE NEW YORK

LA RÉFORME SOUMISE AU CONGRÈS SUPPRIMERA LES CRÉDITS D’IMPÔT ACCORDÉS AUX FAMILLES MODESTES POUR PAYER LEUR ASSURANCE-SANTÉ.
24 millions : c’est le nombre d’Américains qui perdront leur assurance-santé si les parlementaires parviennent à imposer la proposition de loi présentée la semaine dernière pour démanteler la réforme phare de Barack Obama (Obamacare). Pressés de faire des économies, ils espèrent examiner le texte dans les deux chambres avant la fin avril, en privilégiant une procédure accélérée au Sénat, ce qui ôterait tout pouvoir de blocage aux démocrates (majorité de 50 % au lieu des 60 % requis d’ordinaire). Le texte pourrait ainsi entrer en application dès le mois de mai, ce qui en ferait la première réforme majeure de l’ère Trump. Tout un symbole, pour un président qui avait promis de défendre les classes moyennes. « Des millions de personnes ne pourront plus voir leur docteur. Des milliers d’entre elles en mourront, a dénoncé lundi l’ancien candidat démocrate Bernie Sanders. C’est répugnant, c’est immoral et ça ne devrait pas voir la lumière du jour. »

Un retour de bâton
Soutenue par Donald Trump, la réforme ferait économiser à l’Etat l’équivalent de 337 milliards de dollars sur dix ans – un « rêve » pour le parti conservateur qui a promis de tailler dans les dépenses sociales. Ces évaluations ont été dévoilées lundi par le Congressional Budget Office (CBO), qui représente l’équivalent de la commission des Finances de l’Assemblée nationale en France. L’administration Trump ne peut a priori pas contester son objectivité, le rapporteur Keith Hall ayant été nommé par les républicains en 2015. Elle ne s’en est néanmoins pas privée, avant même que le rapport soit publié : « On leur demande parfois des simulations qu’ils ne sont pas capables de produire », a défendu le ministre du Budget, Mick Mulvaney, dimanche sur la chaîne ABC.

Si les ultra-conservateurs sont ravis de voir Donald Trump rester fidèle à ses promesses de campagne, les républicains modérés ne cachent pas leur gêne : « Même si le CBO n’a qu’à moitié raison, les chiffres sont très préoccupants », estime le sénateur Lindsey Graham (Caroline du Sud), qui craint un retour de bâton lors des élections législatives de l’an prochain. Les républicains prennent le risque de faire bien des déçus : la réforme, si elle est votée, supprimera les crédits d’impôt accordés aux familles modestes pour payer leur assurance-santé.

Très concrètement, un homme de 64 ans gagnant 26.000 dollars par an payait jusqu’alors 1.700 dollars chaque année, en moyenne, pour son assurance-santé. Le plan républicain ferait passer la facture à 14.600 dollars – pour une couverture de soins 25 % moins bonne ! « Vous allez voir les prix de l’assurance-santé baisser, baisser, baisser. Et l’offre de services médicaux monter, monter, monter. C’est quelque chose de très beau », affirmait Donald Trump avant la publication du rapport. Pour des personnes plus jeunes et gagnant davantage, la facture diminuerait : le CBO donne l’exemple d’un célibataire de 40 ans gagnant 68.200 dollars par an, dont le reste à charge passerait de 6.500 à 2.400 dollars.

La réforme supprimerait aussi l’obligation universelle de souscrire une couverture maladie, selon un principe de liberté qui a toujours été très cher aux Américains. Nombre d’entre eux pourraient ainsi choisir de ne plus s’assurer, craint le CBO, sans forcément comprendre les risques associés. Le nombre d’Américains sans couverture atteindrait 52 millions à l’horizon 2026, ajoute le CBO, soit deux fois plus que si la réforme de Barack Obama était maintenue en l’état.

Les chiffres clefs 24 millions
C’est le nombre d’Américains qui risquent de perdre leur assurance-santé ces dix prochaines années.

52 millions
Le nombre d’Américains qui ne seraient plus assurés à l’horizon 2026.
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