Come l’insurtech cambierà l’assicurazione malattia

LAURENT THÉVENIN

DES COURTIERS ET UN ASSUREUR 100 % DIGITAUX SONT ARRIVÉS SUR LE MARCHÉ. CES ASSURTECH POURRAIENT IMPOSER DE NOUVEAUX STANDARDS DANS LA MANIÈRE DE FAIRE DE L’ASSURANCE.
Pour le monde encore naissant

des assurtech françaises
(les start-up spécialisées dans le domaine de l’assurance, NDLR), la complémentaire santé est devenue un terrain de jeu tout trouvé. A l’image de l’emblématique Alan, une start-up qui a réussi à décrocher une licence pour opérer comme assureur (lire ci-dessous), elles sont quelques-unes à avoir attaqué le marché de l’assurance par ce versant-là. « Par essence, les start-up essaient de trouver les “points de souffrance” des clients sur un marché et d’y répondre. Or, l’assurance-santé est structurellement un marché qui en contient beaucoup », estime Michel Collombet, associé chez Eurogroup Consulting. De fait, les complémentaires santé sont souvent vues comme complexes.
Les nouveaux venus, qu’il s’agisse d’Alan ou du courtier +Simple.fr (lire ci-contre), font la promesse d’une expérience plus fluide et entièrement digitale. « Ils réfléchissent comme des clients, pas comme des techniciens de l’assurance, et c’est toute la différence », estime Michel Collombet.

Le contexte de marché fournit aussi des opportunités pour de nouveaux acteurs. Le secteur de la complémentaire santé est en effet en plein bouleversement ces dernières années, du fait de la généralisation de la complémentaire santé d’entreprise (ANI). Le moment est porteur « puisque beaucoup de grands acteurs se recentrent sur l’assurance collective et qu’elle reste un marché individuel », explique Cécile Mérine, cofondatrice d’Otherwise, un nouveau courtier 100 % digital qui propose une offre d’assurance collaborative pour les particuliers.

Risque d’une « kodakisation »
Ces assurtech pourraient ouvrir une vraie brèche. « Elles vont imposer de nouveaux standards dans la manière de faire de l’assurance. Elles risquent donc de transformer le marché à un tel point que celui-ci n’est pas à l’abri d’une “kodakisation”. Les assureurs qui n’arriveront pas à s’adapter seront sérieusement mis à mal », pronostique ainsi Michel Collombet. Il n’en reste pas moins que ce marché de quelque 35 milliards d’euros de primes reste difficile d’accès, le terrain étant déjà occupé par plusieurs centaines d’assureurs et une multitude d’intermédiaires. « Je doute que les assurtech puissent prendre de grandes parts de marché, vu la saturation du marché, le niveau hyperbas des primes et les barrières réglementaires. Je ne crois donc pas à une ubérisation du secteur », affirme Michel Collombet. « Le concept développé par Alan répond à une vraie attente car l’insatisfaction exprimée par les clients ouvre un vrai créneau. Après, comme pour toute nouvelle marque, il y a un défi lié au déficit de notoriété », souligne pour sa part Jean-François Gasc, directeur chez Accenture Strategy pour l’assurance en Europe, Afrique et Amérique latine.

Au-delà de la distribution de solutions d’assurance,

l’écosystème de la santé ouvre aussi de grandes possibilités pour les start-up
. « Je suis plus convaincu par des modèles de télémédecine ou de coaching avec des incitations positives. Certains assureurs s’appuient d’ailleurs sur une start-up comme Betterise en matière de coaching personnalisé », avance ainsi Jean-François Gasc.

L’assureur Alan veut s’imposer auprès des petites PME et des start-up
L. T.
ARRIVÉE IL Y A QUELQUES MOIS SUR LE MARCHÉ DE LA SANTÉ COLLECTIVE, CETTE ASSURTECH ENTEND FAIRE LA DIFFÉRENCE PAR SON EXPÉRIENCE CLIENT.
Alan fait figure d’attraction depuis quelques mois sur le marché de l’assurance santé. En octobre dernier, cette nouvelle assurtech française créait la sensation en annonçant une levée de fonds de 12 millions d’euros, menée par CNP Assurances, et l’obtention d’un agrément d’assureur auprès de l’Autorité contrôle prudentiel et de résolution, une première depuis 1986 pour une compagnie indépendante.

Positionnée uniquement sur la complémentaire santé collective, la jeune pousse débarque avec l’ambition affichée de s’imposer « comme le choix évident pour toutes les start-up et les PME de moins de 250 salariés et de devenir leader sur ce marché », indique Jean-Charles Samuelian, son cofondateur et PDG. Il table, notamment, sur le fait que de nombreuses entreprises ayant dû prendre un contrat dans l’urgence pour satisfaire à l’ANI (obligation de proposer une complémentaire santé à tous leurs salariés) ne seront pas satisfaites de leur choix et changeront d’assureur. « Le marché des petites entreprises est très mal servi aujourd’hui. En matière de complémentaire santé, l’expérience client est, à notre sens, globalement catastrophique », estime ce serial entrepreneur de vingt-neuf ans, qui affirme l’avoir, lui-même, constaté quand il était à la tête de sa précédente société.

Un contrat « en trois minutes »
Avec une assurance 100 % digitale, la promesse pour une entreprise de pouvoir souscrire un contrat « en trois minutes » et pour l’assuré de prendre en photo sa feuille de soins pour envoyer une demande de remboursement directement en ligne, Alan entend faire la différence par son expérience utilisateur. « Nous sommes une société de technologie et de produits qui fait de l’assurance », explique Jean-Charles Samuelian, qui promet l’ajout de nombreuses fonctionnalités, comme par exemple « un historique des événements de santé » permettant à l’utilisateur de visualiser ses remboursements, mais aussi les spécialistes consultés.

C’est « pour pouvoir contrôler toute la chaîne de valeur » que la start-up a décidé de se positionner comme assureur plutôt que comme courtier. « Cela nous donne plus de flexibilité et de réactivité », insiste cet ingénieur des ponts et chaussées, qui avait auparavant cofondé Expliseat à l’origine d’un siège d’avion ultraléger.

Alan, qui ne communique pour l’instant pas d’objectifs chiffrés, indique « signer entre 10 et 20 entreprises par semaine ». L’assureur va bientôt lancer une offre pour les travailleurs non salariés et les indépendants. Il n’exclut pas non plus de se lancer un jour à l’international.
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