11 marzo 2010

Plombé par Xynthia et le Chili, Munich Ré maintient le cap en 2010

Le premier réassureur mondial Munich Ré a confirmé hier sa prévision de résultat pour 2010, avec un bénéfice net attendu d'au moins 2 milliards d'euros, comme annoncé il y a quinze jours. Ce qui ressemble à une gageure alors qu'entre-temps se sont produits le tremblement de terre au Chili et la tempête Xynthia, qui vont plomber ses comptes au premier trimestre. Une chose est sûre, le bénéfice réalisé en 2009, à 2,6 milliards d'euros, semble hors d'atteinte. L'année dernière aura été pauvre en catastrophes naturelles, le ratio combiné dans la branche réassurance s'améliorant à 95,2 %. Si 2010 s'annonce sous un autre jour, la prévision de ratio combiné a toutefois été maintenue à 97 %. Le groupe tiendra-t-il le cap en cas d'autres sinistres de grande ampleur ? En année normale, Munich Ré rembourse en moyenne près de 900 millions d'euros au titre des catastrophes naturelles, contre moins de 200 millions en 2009. Or, en 2010, la tempête Xynthia et le séisme au Chili l'obligeront déjà à débourser 500 millions…
Pour remplir ses objectifs, Munich Ré devra compter sur une hausse de sa rentabilité dans la branche assurance, davantage que sur sa stratégie prudente de placements en capitaux. Les entrées de primes brutes d'assurance devraient êtres comprises entre 41 et 43 milliards d'euros, contre 41,4 milliards en 2009. Une offensive commerciale est prévue en Allemagne dans les branches vie et IARD, qui opérereront sous la marque unique Ergo.
« Grande prudence »
Quant aux produits de placements, en hausse l'an dernier de 5,9 à 7,9 milliards d'euros grâce à des cessions d'actions et de moindres dépréciations, ils « ne seront pas aussi rentables cette année », a prévenu le patron du groupe, Nikolaus von Bomhard. Sauf à augmenter le risque, mais « nous l'augmenterons avec une grande prudence », ajoute-t-il. Le groupe a réduit considérablement son exposition en actions, qui totalisent 3 % de ses placements, contre près de 15 % en 2006. Remonter à près des 5 % n'est pas exclu à terme. Sont privilégiés pour l'heure les actifs financiers à revenus fixes. Sur un total de 164 milliards d'euros en portefeuille fin 2009, environ 72 milliards sont des obligations d'Etat. La Grèce n'est « pas un sujet tabou » mais pèse peu dans la balance, avec 2,1 milliards d'obligations détenues, et à peine plus après la souscription à la dernière émission obligataire.
Annoncé le 1 er octobre, le programme de rachat d'actions pour 1 milliard d'euros doit être achevé d'ici à l'assemblée générale de fin avril. Le dividende va quant à lui représenter 1,1 milliard d'euros de débours, à 5,75 euros par action. La Bourse a salué ces bonnes nouvelles, le titre gagnant 1,38 % hier.

Le séisme au Chili pourrait coûter entre 4 et 7 milliards de dollars
A chaque catastrophe naturelle, les estimations données par Swiss Re et Munich Ré sont attendues avec impatience. Les deux premiers réassureurs mondiaux ont indiqué hier, chacun de leur côté, que le séisme au Chili pourrait coûter entre 4 et 7 milliards de dollars (entre 2,94 et 5,15 milliards d'euros) aux assureurs. Le 1 er mars, deux jours à peine après le drame, la société de modélisation AIR avait donné une fourchette comprise entre 2 et 8 milliards de dollars. Ce tremblement de terre, d'une magnitude de 8,8, pourrait être le deuxième séisme le plus onéreux de ces trente dernières années selon Bloomberg, après celui qui avait dévasté en 1994 les environs de Northridge, en Californie (15,3 milliards de dollars). « Au Chili, il est courant pour des propriétaires de biens hypothéqués, de biens commerciaux et industriels de souscrire une assurance contre les séismes », explique Swiss Re, qui s'attend à « d'importantes demandes de compensation pour les dommages subis par les bâtiments et l'interruption d'activité ». La facture pour le groupe helvétique devrait s'élever à 500 millions de dollars nets de rétrocession. Elle sera un peu plus lourde (550 millions de dollars) pour son concurrent allemand, mais inférieur pour le réassureur bermudien PartnerRe (entre 220 et 320 millions).
Seule certitude, annonce Munich Ré, « un événement de cette ampleur affectera le prix des couvertures catastrophes ». D'après ses estimations provisoires, la tempête Xynthia, qui a traversé l'Europe de l'Ouest fin février, devrait coûter entre 1,5 et 2,5 milliards d'euros à la profession. « Xynthia va représenter un coût significatif, tout en restant dans les limites du raisonnable pour le secteur français de l'assurance », estime de son côté Moody's, dans une étude publiée hier. La semaine dernière, la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA) avançait le chiffre d' « au moins » 1,2 milliard d'euros dans l'Hexagone. Selon Moody's, le coût net de Xynthia pour les assureurs directs sera « légèrement inférieur, voire comparable », à celui de la tempête Klaus de janvier 2009, qui avait représenté environ 3 points de ratio combiné et 3 % des fonds propres pour l'ensemble des sociétés d'assurance-dommages.

 


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