| Plombé par Xynthia
et le Chili, Munich Ré maintient le cap en 2010
Le premier réassureur mondial Munich Ré a confirmé
hier sa prévision de résultat pour 2010, avec un bénéfice
net attendu d'au moins 2 milliards d'euros, comme annoncé il y
a quinze jours. Ce qui ressemble à une gageure alors qu'entre-temps
se sont produits le tremblement de terre au Chili et la tempête
Xynthia, qui vont plomber ses comptes au premier trimestre. Une chose
est sûre, le bénéfice réalisé en 2009,
à 2,6 milliards d'euros, semble hors d'atteinte. L'année
dernière aura été pauvre en catastrophes naturelles,
le ratio combiné dans la branche réassurance s'améliorant
à 95,2 %. Si 2010 s'annonce sous un autre jour, la prévision
de ratio combiné a toutefois été maintenue à
97 %. Le groupe tiendra-t-il le cap en cas d'autres sinistres de grande
ampleur ? En année normale, Munich Ré rembourse en moyenne
près de 900 millions d'euros au titre des catastrophes naturelles,
contre moins de 200 millions en 2009. Or, en 2010, la tempête Xynthia
et le séisme au Chili l'obligeront déjà à
débourser 500 millions…
Pour remplir ses objectifs, Munich Ré devra compter sur une hausse
de sa rentabilité dans la branche assurance, davantage que sur
sa stratégie prudente de placements en capitaux. Les entrées
de primes brutes d'assurance devraient êtres comprises entre 41
et 43 milliards d'euros, contre 41,4 milliards en 2009. Une offensive
commerciale est prévue en Allemagne dans les branches vie et IARD,
qui opérereront sous la marque unique Ergo.
« Grande prudence »
Quant aux produits de placements, en hausse l'an dernier de 5,9 à
7,9 milliards d'euros grâce à des cessions d'actions et de
moindres dépréciations, ils « ne seront pas aussi
rentables cette année », a prévenu le patron du groupe,
Nikolaus von Bomhard. Sauf à augmenter le risque, mais «
nous l'augmenterons avec une grande prudence », ajoute-t-il. Le
groupe a réduit considérablement son exposition en actions,
qui totalisent 3 % de ses placements, contre près de 15 % en 2006.
Remonter à près des 5 % n'est pas exclu à terme.
Sont privilégiés pour l'heure les actifs financiers à
revenus fixes. Sur un total de 164 milliards d'euros en portefeuille fin
2009, environ 72 milliards sont des obligations d'Etat. La Grèce
n'est « pas un sujet tabou » mais pèse peu dans la
balance, avec 2,1 milliards d'obligations détenues, et à
peine plus après la souscription à la dernière émission
obligataire.
Annoncé le 1 er octobre, le programme de rachat d'actions pour
1 milliard d'euros doit être achevé d'ici à l'assemblée
générale de fin avril. Le dividende va quant à lui
représenter 1,1 milliard d'euros de débours, à 5,75
euros par action. La Bourse a salué ces bonnes nouvelles, le titre
gagnant 1,38 % hier.
Le séisme au Chili pourrait coûter
entre 4 et 7 milliards de dollars
A chaque catastrophe naturelle, les estimations données par Swiss
Re et Munich Ré sont attendues avec impatience. Les deux premiers
réassureurs mondiaux ont indiqué hier, chacun de leur côté,
que le séisme au Chili pourrait coûter entre 4 et 7 milliards
de dollars (entre 2,94 et 5,15 milliards d'euros) aux assureurs. Le 1
er mars, deux jours à peine après le drame, la société
de modélisation AIR avait donné une fourchette comprise
entre 2 et 8 milliards de dollars. Ce tremblement de terre, d'une magnitude
de 8,8, pourrait être le deuxième séisme le plus onéreux
de ces trente dernières années selon Bloomberg, après
celui qui avait dévasté en 1994 les environs de Northridge,
en Californie (15,3 milliards de dollars). « Au Chili, il est courant
pour des propriétaires de biens hypothéqués, de biens
commerciaux et industriels de souscrire une assurance contre les séismes
», explique Swiss Re, qui s'attend à « d'importantes
demandes de compensation pour les dommages subis par les bâtiments
et l'interruption d'activité ». La facture pour le groupe
helvétique devrait s'élever à 500 millions de dollars
nets de rétrocession. Elle sera un peu plus lourde (550 millions
de dollars) pour son concurrent allemand, mais inférieur pour le
réassureur bermudien PartnerRe (entre 220 et 320 millions).
Seule certitude, annonce Munich Ré, « un événement
de cette ampleur affectera le prix des couvertures catastrophes ».
D'après ses estimations provisoires, la tempête Xynthia,
qui a traversé l'Europe de l'Ouest fin février, devrait
coûter entre 1,5 et 2,5 milliards d'euros à la profession.
« Xynthia va représenter un coût significatif, tout
en restant dans les limites du raisonnable pour le secteur français
de l'assurance », estime de son côté Moody's, dans
une étude publiée hier. La semaine dernière, la Fédération
française des sociétés d'assurances (FFSA) avançait
le chiffre d' « au moins » 1,2 milliard d'euros dans l'Hexagone.
Selon Moody's, le coût net de Xynthia pour les assureurs directs
sera « légèrement inférieur, voire comparable
», à celui de la tempête Klaus de janvier 2009, qui
avait représenté environ 3 points de ratio combiné
et 3 % des fonds propres pour l'ensemble des sociétés d'assurance-dommages.
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