| La Commission européenne
contraint Dexia à une cure d'amaigrissement
A. C., Les Echos
DE NOTRE BUREAU DE BRUXELLES.
Au
33 e étage de la tour Dexia, vendredi soir à Bruxelles,
les dirigeants de la banque ont pu sabler le champagne. Près d'un
an après l'ouverture d'une enquête approfondie par Bruxelles,
la commissaire à la Concurrence, Neelie Kroes, a trouvé
un accord avec l'administrateur délégué Pierre Mariani
et avec les autorités françaises, belges et luxembourgeoises
sur la restructuration de la banque, comme annoncé vendredi par
le site des Echos.fr. Le temps était compté : la Néerlandaise
quitte ses fonctions demain pour laisser la place à l'Espagnol
Joaquin Almunia.
Pour convaincre les équipes de Neelie Kroes de conclure cet accord
de principe, avalisé dès vendredi soir par le conseil d'administration
de Dexia, mais qui devra encore être formellement entériné
dans les prochaines semaines par la nouvelle Commission entrant en fonction
demain, la banque s'est engagée à réduire de 35 %
d'ici à 2014 la taille de son bilan par rapport à 2008,
à 430 milliards d'euros contre 650 milliards. Désireuse
de montrer qu'elle va plus loin que pour ING (30 % à la même
échéance), la Commission va même jusqu'à calculer
une réduction de voilure de 45 %, en laissant de côté
les 80 milliards d'euros de prêts en extinction (« run off
») que la banque vise pour 2014.
En contrepartie des subventions massives qu'elle a reçues des Etats
français, belge et luxembourgeois pour l'aider à surmonter
la crise - outre une recapitalisation publique de 6,4 milliards d'euros,
elle a bénéficié d'une garantie d'Etat pouvant aller
jusqu'à 150 milliards, ramenée ensuite à 100 milliards
-, Dexia a accepté de céder d'ici à la fin d'octobre
2012 ses filiales italienne Crediop et slovaque Banka Slovensko, mais
aussi ses activités d'assurance en Turquie et, d'ici à fin
décembre 2013, de prêt aux collectivités locales en
Espagne. Elle stoppera aussi ses activités à Singapour ou
encore en Russie. Elle se recentrera ainsi essentiellement sur le Benelux.
Elle ne pourra procéder à aucune acquisition d'ici à
la fin de 2011.
Les actionnaires seront mis à contribution, mais de manière
indirecte : ils pourront toucher leurs dividendes, mais seulement en actions
jusqu'à la fin de 2011. Surtout, la banque a promis de revoir en
profondeur un « business model » qui consistait jusqu'à
présent à se financer souvent à très court
terme sur le marché de gros, pour accorder des emprunts de long
terme aux collectivités locales. Dexia devra progressivement allonger
la durée de son refinancement en respectant des clauses de rendez-vous
vis-à-vis de la Commission, de manière à porter de
50 % aujourd'hui à 90 % en 2014 la part de son bilan refinancée
à plus d'un an.
L'objectif est aussi d'accroître suffisamment le niveau des marges
pour assurer, in fine, la pérennité de l'activité
et donc la viabilité de la banque. Dexia se passera dès
la fin de juin de la garantie des Etats, dont elle pouvait bénéficier
jusqu'à la fin d'octobre.
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